Le communiqué est tombé comme un tacle à la 93e. Selon une note signée du président Renaud Mbindjou, l’AS Mangasport a “suspendu Monsieur Kevin Djony de ses fonctions d’entraîneur principal de l’équipe première, à compter du 2 octobre 2025 et ce, jusqu’à nouvel ordre”. Dans l’intervalle, la supervision et la gestion des activités sportives sont confiées au duo Mbou Bondjuni – Armand Doucka. Après plus de huit ans à la tête du club le plus titré du pays (10 sacres), une page se tourne brusquement.
Le choc d’un timing
Le timing interroge. Mangasport sort à peine d’une élimination prématurée en Ligue des champions CAF – un 0-0 doublé d’une sortie aux tirs au but face à Rahimo – et l’onde de choc a gagné les bureaux. Officiellement, le club évoque “une analyse approfondie de la situation sportive”. Officieusement, l’Europe des tribunes chuchote le lien direct avec l’échec continental, vécu à Franceville comme un déclassement.
Un invaincu suspendu : Djony est-il le seul responsable de ce échec en CAF Champions League ?
L’ironie est cruelle: Kevin Djony sort d’une saison historique. Champion du Gabon 2024-2025 avec… zéro défaite en 26 matches. “L’invaincu” a rendu au club son 10e titre, le premier en tant que numéro un après, après une coupe de la Ligue remportée en 2019 et deux sacres glanés comme adjoint. Ancien joueur de la maison, technicien formé au club, il a incarné le continuum Mangasport: rigueur, bloc maîtrisé, points engrangés. L’histoire retiendra cette ligne: un championnat sans revers, rareté statistique et fierté locale.

Le contrat et la question qui fâche
Point juridique sensible: Djony a renouvelé son contrat le 1er août 2025, pour deux ans, courant – selon les termes communiqués – jusqu’au 31 juillet 2027. La mise à pied change-t-elle la donne? Mangasport devra-t-il assumer deux années de salaire ou chercher un accord? “Il a bien pris cette suspension, il comprend le club, ça fait partie du métier. Mais il entend rentrer dans ses droits si cela aboutit à un licenciement”, souffle un proche. Dans les prochains jours, la sortie de crise se jouera autant dans un bureau que sur une pelouse: transaction à l’amiable ou bras de fer contractuel.
Le sens d’une rupture
Sportif: la sortie en C1 révèle un plafond de verre continental. La direction estime-t-elle que le projet avait atteint ses limites, malgré l’hégémonie domestique?
Image: un club sponsorisé et propriétaire par Comilog/Eramet, sommé de “penser Afrique”, ne peut pas s’accommoder de sorties précoces. L’impatience gagne.
Vestiaire: le passage de relais à un duo interne suggère une transition sans rupture tactique immédiate, le temps de clarifier le futur banc.
Ce que Djony laisse
Un titre majeur (2025), le 10e du club, conquis sans défaite.
Un héritage de structure: organisation, densité, maîtrise des temps faibles.
Une identité domestique forte, insuffisante pour l’instant à l’échelle CAF.
Et maintenant? Mangasport doit trancher: statu quo intérimaire ou grand virage. Les supporters, eux, oscillent entre gratitude et frustration: remercier le champion invaincu, exiger un cap continental. Pour Djony, la route ne s’arrête pas – un invaincu ne s’évapore pas. Mais l’histoire retiendra le paradoxe de Moanda: suspendre un entraîneur au lendemain d’une saison parfaite, parce que l’Afrique, elle, ne pardonne rien.
@YannickManfoumbi
