Il y a des matchs qui sentent la pelouse humide, la sueur et la vieille rancune. Gambie–Gabon en faisait partie. Parce qu’avant d’être un 4-3 renversant, c’était une vieille histoire d’aéroport, tapis roulants, de sommeil à même me sol et de chaises en plastique. Novembre 2020, Banjul: les Panthères coincées huit heures à l’aéroport, ambiance néon blafard, sieste forcée sur carrelage froid. Officiellement, des “procédures”. Officieusement, un petit jeu d’usure à la veille d’un match crucial pour la CAN. Aubameyang avait tweeté sa colère, photos à l’appui. Mémoire longue, jambes encore plus longues : PEA au eu sa revanche, le peuple gabonais aussi !
Cinq ans plus tard, même adversaire, autre scénario, mais cette fois sur terrain neutre. Les Scorpions ont mené, cru tenir le récit parfait: 3-2, le stade en mode ruche et les Panthères en mode migraine. Et puis PEA a ouvert sa boîte à rancunes bien rangées. Un quadruplé pour graver l’amnésie collective dans le marbre: appel décroché, finition premier poteau, contre-pied mental, tête magistrale, reprise clinique… Et un poteau de corner qui en a pris plein la gueule, tel un boxeur qui voulait se défouler sur un punching-ball. Une panoplie complète, le tout emballé dans un emballage cadeaux marqué “je n’oublie rien”. Le Gabon s’impose 4-3, le Gabon peut sourire, dormir tranquille et la Côte d’Ivoire jeter un coup d’œil inquiet au rétroviseur.
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la feuille de stats. C’est le sous-texte. Le 9, l’attitude de capitaine (même s’il n’a plus le brassard, la façon de demander le ballon quand la panique gagne le camp, de défendre quand l’équipe est sous pression ou de défendre un jeune coéquipier qui se fait intimider par un « méchant » Gambien….

La Gambie a joué franc: verticalité, intensité, transitions à gogo. Le Gabon a répondu au style allemand: un brin bordélique derrière, mais avec un leader incandescent devant. Le genre de mec qui transforme la dramaturgie en routine, comme si égaliser, renverser, puis terminer sur un second jaune faisait partie du plan de match. Théâtre complet: catharsis, extase, rappel.
Revanche personnelle? Clairement.
PEA a couru après les ballons comme on court après une dette morale. En 2020, il y avait eu ce tweet rageur, ces images du sol froid et du sommeil volé. En 2025, il y a cette furie tranquille, l’art de tout remettre à l’endroit en quatre griffes. Le football n’a pas de mémoire, dit-on. Les attaquants, si. Et parfois, ils tiennent la plume. Quadruplé, rideau, merci pour tout, on se retrouve au prochain épisode (sans lui, suspension oblige, parce que la tragédie grecque aime bien un dernier coup de vent).

Au classement, le Gabon reste à une portée de roue de la Côte d’Ivoire. Mais au patrimoine immatériel, il vient de gagner une paix intérieure. Celle qui dit: on n’a pas oublié Banjul, on n’a pas oublié les huit heures, on n’a pas oublié les regards. On a juste préféré répondre plus tard, sur le bon tapis: pas celui des bagages, celui de la surface. Et, avouons-le, la vengeance a meilleur goût quand elle affiche 4–3 au tableau d’affichage et un quadruplé légendaire sur la ligne “buteurs”.
Moralité Selon AFC Sports ?
Ne retenez pas trop longtemps des Panthères dans un aéroport. Elles finissent toujours par retrouver la piste. Et parfois, elles reviennent avec un PEA (Lire PA = Pistolet Automatique) en mode collection automne-hiver: quatre buts, une expulsion, et l’élégance d’un type qui a bouclé ses valises depuis cinq ans.
Par @FKM
