Ad image

Football – Pro c’est Pro… : la FEGAFOOT va-telle enfin aider l’Etat à financer les championnats D1 et D2 ?

La redaction
7 Minutes de lecture

Au Gabon, le football professionnel ressemble à ces séries qu’on adore détester: saison 1 prometteuse, saison 2 annulée, saison 3 relancée “bientôt” avec un teaser qui ne sort jamais. Six mois d’arrêt, des redémarrages au klaxon, des budgets au compte-gouttes, des joueurs au chômage technique et une question en boucle: qui pilote réellement le bus? Dans le rétro, on distingue deux sigles qui se regardent depuis plus de dix ans (depuis le format du championnat pro lancé par les espagnols a commencé à tanguer): la FEGAFOOT de Pierre‑Alain Mounguengui (12 ans de règne) et la LINAFP de Brice Mbicka Djambou (plus d’une décennie de strapontin). Dans le pare-brise, une photo: à Franceville, en loges VIP du stade Rénovation, présidents de clubs, patrons de ligue, boss de la LINAFP et président de la FEGAFOOT, tous sourires en tribune pour Gabon–Burundi, séjour express all inclusive (tous frais payés). L’union sacrée? Ou un séjour de cohésion avant campagne d’avril 2026?

Le décor: un championnat en PLS (en souffrance)

National Foot 1 et 2: arrêtés depuis des mois, calendrier fantôme, contrats joueurs suspendus, formation ralentie, malgré un début de discussions entamées avec la ministre des sports.

- publicité -
Ad imageAd image

Clubs asphyxiés: pas de recettes billetterie (pas de matchs), pas de droits TV (pas de contrat), pas de sponsoring (pas de visibilité), pas de marchandising, pas de spectacle, pas de joueurs à vendre…

Dépendance chronique à l’État: réflexe budgétaire pavlovien. Sauf qu’ailleurs, des fédés financent une partie des compétitions: au Sénégal (Ligue pro soutenue, Coupe nationale tenue), au Cameroun (appuis logistiques/financiers récurrents), au Maroc (modèle FRMF quasi intégré). Ici, la FEGAFOOT explique depuis dix ans que la LINAFP, “autonome”, gère son business. Résultat: autonomie de crise.

La parenthèse Franceville: l’unité du selfie

On a donc vu, à Franceville, une image rare: presque tous les présidents de clubs pros, invités par la FEGAFOOT, au stade rénovation. De la convivialité, autour d’un bon champagne et un plat de chenilles, des promesses, des tapes amicales. Dans le vestiaire d’en face (la réalité), des joueurs qui s’entraînent sans compétition, des staffs payés quand ça va, quand ça vient, des académies qui font la queue chez les mécènes.

Les mauvaises langues disent que la photo de famille vaut surtout pour le trombinoscope d’avril 2026. Les bonnes âmes rétorquent: “mieux vaut se parler que s’ignorer.” Les réalistes demandent: “où est le plan? Ou est le piège ? ”

- Publicité -
Ad imageAd image

La question qui fâche (et qu’il faut poser)

Pourquoi la FEGAFOOT, qui perçoit chaque année des fonds conséquents FIFA/CAF (Forward, programmes spécifiques, primes de compétitions, droits TV etc.), ne consacre‑t‑elle pas une part identifiée, contractualisée et régulière au financement et à la continuité du National Foot 1 et 2? Et si l’argument “autonomie de la LINAFP” a servi de bouclier pendant plus de dix ans, qu’est‑ce qui empêche, en 2025, la signature d’un accord FEGAFOOT–LINAFP avec:

- Publicité -
Ad imageAd image
  1. un calendrier verrouillé (début/fin, fenêtres FIFA respectées),
  2. un schéma de financement mixte (FEGAFOOT + État + sponsors),
  3. des KPI clairs (nombre de matchs, salaires minimaux, contrôles de gestion),
  4. et des pénalités si non‑tenue?

Qui paie quoi, pourquoi, comment?

FEGAFOOT: reçoit des enveloppes FIFA/CAF dédiées au développement du football (infrastructures, compétitions, formations, gouvernance). Rien n’interdit d’affecter une ligne aux championnats nationaux. Beaucoup de fédés africaines le font. La controverse n’est pas “peut‑elle?”, mais “veut‑elle, et à quelle hauteur, avec quels garde‑fous?”.

État gabonais: partenaire historique, parfois unique, souvent tardif. Le réflexe subvention a créé une dépendance. Sans bascule vers un financement structuré (sponsoring, droits, billetterie modernisée, naming), l’arrêt/restart restera la norme.

LINAFP: juridiquement autonome, économiquement fragile. Sans filets, elle patine. Helas !

Les joueurs, grands perdants

Un championnat interrompu, ce sont:

  1. des carrières amputées, des vitrines fermées (transferts, sélections nationales),
  2. des salaires irréguliers, des assurances floues,
  3. une pyramide de formation qui s’affaisse (U17/U20 sans horizon),
  4. et une équipe nationale qui, malgré ses stars expatriées, perd sa base locale.

Humour noir (mais chiffres rouges)

Inviter les présidents de clubs aux matchs des Panthères ou à la prochaine CAN, au Maroc, ne coûte pas cher en applaudissements. Reprendre le championnat coûte cher en organisation. Sauf qu’entre les deux, il y a l’image d’un système qui confond hospitalité et politique sportive. On ne demande pas un brunch VIP; on demande 30 journées, des arbitres, coachs et joueurs payés à l’heure, des clubs qui voyagent autrement qu’en priant pour le carburant.

L’analyse de AFC Sports (avec un sourire en coin)

L’unité retrouvée à Franceville, c’est joli en photo. Mais la seule image qui compte, c’est celle d’un week‑end avec dix ou 15 matchs professionnels, des stades ouverts et des feuilles de match alignées.

La FEGAFOOT peut faire plus qu’offrir des invitations: elle peut cofinancer, contractualiser, sécuriser. La LINAFP peut faire plus que solliciter: elle peut moderniser, rendre des comptes, vendre son produit. Les présidents de clubs peuvent faire plus que voyager: ils peuvent exiger, ensemble, un protocole qui engage.

On ne reconstruit pas un championnat avec des per diem; on le reconstruit avec un budget, un contrat et un coup d’envoi.

La photo de Franceville restera peut‑être historique. Elle le sera si, dans quelques semaines, elle est suivie d’une date de reprise et d’un plan de saison. Sinon, elle rejoindra l’album des “belles intentions”. Le football gabonais n’a plus besoin d’invitations. Il a besoin d’une convocation: celle du professionnalisme, à l’heure.

Par @AnthonyOkins

ÉTIQUETÉS :
Share This Article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *