Il y a des soirs où l’expérience sert le café pendant que le rêve cherche encore des tasses. À Rabat, le Gabon a tenu, serré, croisé les doigts, prié, égalisé… puis s’est désintégré au moment où le match demandait du sang-froid et des idées. Nigeria – Gabon, 4-1 après prolongation, et une constante qui fait mal aux oreilles: face aux gros, le sélectionneur du Gabon, Thierry Mouyouma “parle fort” mais ne gagne pas.
Soirée AFC Sports: critique lucide de Nigéria – Gabon, hilarante à pleurer, constructive à défaut d’être consolante.
Le film qui pique: 90 minutes d’espoir, 30 minutes de gifle
Première règle d’un barrage: ne pas se tirer dans le pied, surtout si Osimhen porte des crampons taille bulldozer. Sur 90 minutes, Loyce Mbaba alias “Manuel Nueur” sort une partition héroïque, Ecuele Manga tient le mur… jusqu’à la relance suicide d’Appindangoye et la sortie trop loin qui offrent le 1-0 à Akor Adams. Merci, bonsoir.
Lemina égalise sur un billard à la 88e, Osimhen rate la balle de la qualif à la 90e+11, la VAR nous pimente l’après-midi avec un penalty fantôme refusé après sept minutes de “bigmatch” : on a tout eu, sauf la maîtrise.
Prolongation: Ejuke oublié, 2-1. Puis Osimhen décide que le pardon existe: doublé, 4-1. Rideau, lumière, débat.

Le coaching à l’envers: quand l’urgence devient une passion
Le choix initial n’était pas idiot: bloc médian, transitions via Bouanga et Openda, Auba en tueur à l’affût, Lemina/Ndong en clé de voûte. Et puis la fiole s’est renversée.
Sortir Andrée Poko, Openda puis Didier Ndong au moment où le match réclame des chiens de garde? Lancer deux U20 pour “apporter de la fraîcheur” en prolongation face à des Super Eagles qui passent la 5e? Résultat: un 4-4- 2 bricolé, un milieu troué comme un filet de pêche, des couloirs livrés en Uber Eats à aux affamés Naija.
Le pompon: faire entrer les jeunes, ne pas les protéger, puis les ressortir quelques minutes plus tard pour réajuster. Pédagogie inversée: ils apprennent à perdre confiance plus vite que des mètres à la VMA.
Notes de service au sélectionneur
- Sélection hypertrophiée en défense (dix profils défensifs): très bien pour aligner une revue militaire, moins bien pour produire des liens entre lignes.
- Animation offensive: floue. Les joueurs le disent en interne: “on ne comprend pas toujours le plan. Quand on ne sait pas qui doit attaquer quel demi-espace, on perd la balle et, très souvent, la tête”.
- Attitude sur le banc: stress visible, engueulade publique du gardien à la pause des prolongations alors que Mbaba a tenu la baraque pendant 90 minutes. Timing et image: catastrophiques. En management, on appelle ça “tirer sur le seul pilier encore debout”.
La vox populi n’a pas chuchoté
“C’est face aux grandes équipes que l’on juge un coach.”; “Même scénario dès que ça s’élève: panique, coaching brouillon, on s’écroule.”; “Attention, la CAN arrive: Cameroun, Côte d’Ivoire… si on expérimente encore, on prendra la porte au premier tour.”
Merci Facebook: parfois violent, souvent juste. Quand les supporters identifient mieux les moments du basculement que le staff, ce n’est pas de la méchanceté, c’est un audit gratuit.

Ce qui doit changer avant la CAN (et hier, si possible)
- Recentrer le plan: 4-3-3/4-2-3-1 avec garde-fous. L’un des milieux (Lemina) pilote, l’autre (Ndong ou Poko) protège, un relais entre lignes (Kanga) pour éviter le jeu cassé.
- Couloirs sous contrôle: si tu ne fermes pas la source des centres contre Osimhen & co., tu organises ton propre pot de départ. Latéraux plus bas dans les temps faibles, bascule coulissante claire.
- Coaching sobre: des remplaçants préparés à un rôle précis (fermer l’axe, attaquer le demi-espace, gagner des fautes), pas un lâcher de CV.
- Management public: on protège ses leaders en pleine tempête. Réglages musclés à huis clos, épaules en façade.
- Spécial CPA: Kanga et Bouanga à la baguette, Ecuele au premier, Auba deuxième zone. Si on ne peut pas gagner à la quantité, on gagne à la précision.
Relativisons les “bons résultats” récents
Oui, la phase éliminatoire a offert des points et des sourires. Non, elle n’a pas répondu à la seule question qui compte contre les cadors: est-ce qu’on sait souffrir intelligemment et frapper au bon moment? Pour l’instant, on souffre longtemps et on frappe tard. Le tableau d’affichage a souvent le dernier mot.
La prolongation de AFC Sports
Mouyouma aime le micro, le verbe haut et les certitudes. Les grandes nations, elles, aiment les plans qui tiennent et les changements qui piquent. À Rabat, on a vu un Gabon courageux, un gardien immense, et un banc qui a démonté sa propre étagère. L’humour noir dit: “on a tenté l’expérience”. Le football répond: “on a perdu le match”. La CAN arrive dans cinq petites semaines avec Cameroun et Côte d’Ivoire au menu. Soit “Pep” Mouyouma apprend vite à gagner petit contre les grands, soit les grands lui apprendront à perdre grand. Dans le vestiaire, l’équation est simple: moins de phrases, plus de principes. Et si ça marche, on rira tous ensemble. Sinon, ce sera encore l’adversaire qui écrira la blague finale.
Par @YannickManfoumbi

