Il n’y a plus que les Bana Mboka. Après le Gabon balayé par le Nigeria (4-1 a.p.) et le Cameroun crucifié par la RDC (0-1), les Léopards de Sébastien Desabre sont désormais le dernier espoir de l’Afrique centrale d’avoir un représentant au Mondial 2026. À Rabat, face aux Super Eagles, la RDC a arraché son ticket pour le tournoi intercontinental au terme d’un match étouffant, d’une prolongation à suspense et d’une séance de tirs au but à se ronger les ongles. Résultat: 1-1, puis qualification congolaise aux tab, et un pays qui n’a jamais été aussi proche de revivre 1974.
Un début de match cauchemar, puis la révolte congolaise
Le choc démarre mal pour la RDC. À peine trois minutes de jeu et déjà un coup derrière la nuque: intervention manquée de Masuaku, frappe de Frank Onyeka déviée par Tuanzebe, et le Nigeria ouvre le score (1-0, 3e). Les Léopards sont cueillis à froid, bousculés, subissent l’intensité nigériane.
Mais petit à petit, le Congo-Kinshasa se réinstalle dans le match, pose le ballon, enchaîne les passes. À la 32e minute, l’action de la délivrance: mouvement collectif propre, Bakambu déborde et centre, Elia traîne au bon endroit, profite d’une intervention ratée de Ndidi et pousse au fond (1-1, 32e). Tout est à refaire pour le Nigeria, Osimhen fulmine, visiblement diminué et globalement absent. Il cède sa place à la pause à Akor Adams: symbole d’un géant qui doute.
Une RDC qui prend le ballon, un Nigeria qui s’éteint
La deuxième période ressemble à un manifeste: ballon congolais, idées congolaises, doutes nigérians. Les Léopards ont la mainmise mais peinent à transformer cette domination en occasions franches. En face, Eric Chelle se crispe, sort Lookman et Chukwueze avant l’heure de jeu, et le Nigeria perd progressivement toute menace offensive. Depuis la sortie d’Osimhen, les Super Eagles ne cadrent plus rien.
Desabre, lui, tente de pousser son avantage avec les entrées de Cipenga et Mayele, pour étirer la défense et peser dans la profondeur. Sans succès concret, mais sans jamais reculer. Le match devient fermé, tendu, chaque contact pèse lourd. 1-1, direction prolongation, avec la sensation que la RDC a pris un ascendant psychologique.
Prolongation: la RDC pousse le verrou jusqu’à le briser aux tirs au but
En prolongation, les Léopards ne se contentent pas d’attendre la loterie. Ils avancent. À la 108e, centre de Balikwisha, Sadiki se jette pied en avant, le ballon semble franchir la ligne mais l’arbitre siffle faute. Grosse polémique, grosse frustration, mais pas de résignation.
Les Congolais continuent de pilonner jusqu’au bout. À la 121e minute, Chancel Mbemba, déjà buteur décisif contre le Cameroun, pense offrir la victoire d’une tête rageuse. Nwabali sort une parade miraculeuse. Le destin choisira les tirs au but.

Desabre, coup de poker gagnant, Mbemba en capitaine-héros
Juste avant la fin de la prolongation, Sébastien Desabre tente le pari fort: il sort Lionel Mpasi pour faire entrer Timothy Fayulu spécialement pour la séance. Le gardien prêté par Sion au FC Noah ne tremble pas: il stoppe notamment la tentative de Moïse Simon et sort l’ultime tir nigérian. En face, Nwabali repousse les frappes de Moutoussamy et Tuanzebe, mais la RDC tient bon.
C’est finalement Chancel Mbemba qui ferme la porte: capitaine, patron, il transforme le tir décisif et envoie tout un pays dans un cri. La RDC verra le tournoi intercontinental au Mexique en mars prochain, à une marche d’une deuxième Coupe du monde, cinquante ans après 1974.
Dernier drapeau d’Afrique centrale
Derrière cette qualification, il y a plus qu’une victoire: il y a un paysage. Le Gabon a cédé contre le Nigeria, le Cameroun a plié contre ces mêmes Léopards, la Centrafrique, le Congo, le Tchad ou la Guinée équatoriale regardent à la télé. L’Afrique centrale ne compte plus qu’un seul survivant dans cette course mondiale.
La RDC porte désormais, malgré elle, le poids d’une sous-région qui tâtonne depuis des années: championnats interrompus, fédérations instables, talents exilés. Mais là où d’autres se sont noyés, les Congolais ont trouvé une structure, un sélectionneur avec des idées claires et un groupe qui se connaît. En deux matchs, ils ont sorti le Cameroun et tenu tête au Nigeria, deux monuments du continent.

Les enjeux d’un exploit qui dépasse Kinshasa
Sportivement, cette performance installe la RDC parmi les projets les plus sérieux du moment en Afrique:
- Une équipe qui sait souffrir sans céder,
- Un staff qui ose des choix forts (changement de gardien avant les tab),
- Des leaders qui répondent dans les moments chauds (Mbemba, encore).
Symboliquement, la qualification pour le tournoi intercontinental change la dimension du football congolais:
- visibilité mondiale,
- arguments pour attirer binationaux et sponsors,
- message clair envoyé aux voisins: avec de la cohérence et du travail, on peut exister au plus haut niveau, même sans budgets comparables aux mastodontes du Nord ou de l’Ouest.
La dernière marche
Il reste un pas, énorme mais unique: le barrage intercontinental au Mexique, en mars prochain. Une rencontre à quitte ou double qui décidera si la RDC rejoint la liste très fermée des représentants africains au Mondial 2026… et si l’Afrique centrale sera de la fête.
L’analyse de AFC Sports
Menée d’entrée, revenue, dominatrice dans le jeu, courageuse dans la prolongation et implacable aux tirs au but: la RDC a signé un vrai match de grande équipe. Dans un continent où les grands noms tombent les uns après les autres, les Léopards sont encore debout. Dernier drapeau d’Afrique centrale dans la tempête, ils s’offrent le droit de rêver à un deuxième Mondial. À une condition: transformer ce caractère en billet d’avion. Le rendez-vous est pris.
Par @AnthonyOkins

