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CAN 2025 : le Gabon, seul qualifié… sans championnat. Performance historique ou aberration nationale ?

La redaction
7 Minutes de lecture

Alors que l’Afrique se prépare à vibrer au rythme de la CAN 2025, le Gabon est en passe de réussir un exploit rare dans l’histoire du football continental : être présent à la plus grande compétition africaine… sans avoir de championnat national actif, ni Coupe nationale. Un pays à la CAN, mais sans football local vivant. Un peu comme une sélection sortie du néant, convoquée par miracle, pendant que ses clubs, eux, restent au chômage technique. Reportage AFC Sports, par notre envoyé spécial, au pays où le ballon ne tourne plus.

Depuis mai 2025, le championnat gabonais est à l’arrêt total. Silence des tribunes, pelouses abandonnées, joueurs livrés à eux-mêmes. Pendant ce temps, Pierre-Emerick Aubameyang et ses successeurs sont appelés à représenter une nation qui, sur le plan domestique, n’a plus rien de « professionnel » que le nom. Une anomalie sportive, mais aussi une aberration politique, économique et sociale.

Vendredi 21 novembre, la Ligue nationale de football (Linaf) et les clubs dits « professionnels » ont tenté de remettre de l’ordre dans ce chaos organisé. Réunis autour de leur président, Brice Mbika, ils ont fixé une nouvelle date de reprise du championnat : le 24 janvier 2026. Autrement dit, près de huit mois après l’arrêt des compétitions. Une reprise tardive, présentée comme vitale. Vital, oui. Mais est-ce encore sérieux ?

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Un pays à la CAN… mais sans saison

Si le calendrier est maintenu, le Gabon arrivera à la CAN 2025 dans une situation totalement inédite : être, possiblement, le seul pays qualifié sans championnat actif depuis plus de six mois, ni Coupe nationale en cours. Une rareté sur le continent, mais dont le Gabon commence à être coutumier.

Les voisins (RDC, Guinée Equatoriale, Cameroun, eux, jouent. Leurs clubs enchaînent les matchs, leurs joueurs affûtent leurs automatismes, les entraîneurs testent des schémas, les jeunes révèlent leur talent. Au Gabon, la réalité est tout autre : les stades servent de meeting ou de parkings, les vestiaires de salles d’archives, et les pelouses de pâturages officieux.

Le 24 janvier 2026, une date ou un aveu d’impuissance ?

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Pour justifier cette reprise tardive, la Linaf avance un argument : le contexte actuel, dominé par la préparation de la CAN 2025, « ne permet pas un redémarrage immédiat ». Une explication audible en surface, mais qui masque mal la profondeur des blocages.

Car derrière ce report, se cache un enchevêtrement de problèmes :

  1. Blocages administratifs : les clubs doivent justifier l’utilisation de la dernière subvention d’État, documents comptables à l’appui.
  2. Fragilité financière : la dépendance quasi totale aux fonds publics paralyse tout. Sans la signature d’un ministre ou la validation de la Présidence de la République, le ballon ne bouge pas.
  3. Lacunes structurelles : absence de modèle économique durable, infrastructures vieillissantes, gouvernance éclatée entre la Linaf, la Fegafoot, le ministère des Sports et les clubs.

Cette fois, la Linaf a fixé un ultimatum clair. Brice Mbika l’a dit sans détour :

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« Si rien n’est fait d’ici là, il n’y aura pas de championnat 2025-2026 ». Un avertissement qui sonne comme une dernière sommation adressée aux autorités gabonaises, financeur principal d’un football national sous perfusion.

En clair : soit l’État joue enfin son rôle de partenaire structurant, soit le pays assumera d’avoir une sélection nationale mais plus de championnat. Une sélection flottante, sans base, sans racines.

Humour noir : un pays qualifié, un championnat disqualifié

Vue de l’extérieur, la situation frôle l’absurde. Le Gabon sera peut-être le seul pays à présenter une équipe à la CAN tout en étant incapable d’organiser un simple match de championnat depuis plus d’un semestre. On a connu « l’exploit gabonais » sur le terrain, voilà désormais « l’exploit administratif gabonais » en dehors.

On imagine presque le slogan : « Gabon, présent à la CAN, absent au calendrier. »

Les joueurs locaux, eux, pourraient bientôt, de nouveau, ajouter cette ligne surréaliste à leur CV : « Saison 2025-2026 : en forme… à l’entraînement. »

L’Analyse de AFC Sports

Mettre tout le monde devant ses responsabilités. Cette CAN 2025 est une chance, mais aussi un miroir. Elle montrera à l’Afrique ce que le Gabon veut être dans le football : un simple invité, porté par le talent individuel de quelques expatriés, ou une vraie nation, avec une base solide, des clubs vivants, des stades en activité, un calendrier respectable.

Aujourd’hui, le constat est brutal : le Gabon risque d’être à la CAN comme un élève qui se présente à l’examen sans avoir suivi les cours de l’année. On peut toujours espérer une bonne note, mais sur le long terme, le système est condamnable.

Linaf, Fegafoot, clubs, ministère, État : chacun connaît désormais la date fatidique. Le 24 janvier 2026 n’est pas qu’une date de reprise. C’est un test de crédibilité. Si le ballon ne roule pas ce jour-là, il faudra avoir le courage de dire, officiellement, que le championnat national n’est plus qu’un mot dans les communiqués. Et, alors, la présence du Gabon à la CAN ne sera plus un exploit… mais une anomalie.

Pour l’instant, le pays se prépare à aller au Maroc pour défendre ses couleurs. Reste une question, cruelle : peut-on vraiment défendre un football qu’on ne laisse plus jouer chez soi ?

Par @YannickManfoumbi

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