Panthères – Equipementier : Pourquoi la CAF a mis en demeure le Gabon ? Comment en est-on arrivé à ce “Gaboma gate” ?

La redaction
12 Minutes de lecture

Alors que le Gabon s’interrogeait encore avec quel maillot les Panthères allaient débarquer à la CAN, la Confédération africaine de football vient de doucher tout le monde : mise en demeure officielle adressée à la Fegafoot et à l’équipe nationale pour des équipements jugés non conformes, non originaux et non enregistrés. Au cœur du séisme, une marque soi-disant 100 % gabonaise, « Gaboma », montée en urgence par la Fédération et l’Office national du développement du sport avec la bénédiction politique du moment, et envoyée à la CAF comme si de rien n’était. Sauf que, cette fois, en plus des dirigeants, c’est aussi l’encadrement sportif qui se retrouve dans la lumière : jusqu’où le sélectionneur a-t-il été associé, consulté, ou a-t-il fermé les yeux sur ce projet d’équipement “patriotique” aux contours flous ? Entre bricolage textile, patriotisme de façade et improvisation à quelques jours de la CAN, le football gabonais réussit l’exploit de se mettre en difficulté… avant même le premier coup de sifflet.

Selon nos informations, confirmées par une source interne à la Fédération gabonaise de football (Fegafoot), la Confédération africaine de football a mis en demeure la Fegafoot et l’équipe nationale du Gabon dans un courrier daté du 21 novembre. Motif : équipements non conformes, non originaux, non enregistrés. En résumé : non, merci.

Reportage et analyse par notre envoyé spécial, AFC Sports, au pays où même les maillots jouent en défense.

Fin de Puma, début du bricolage

Dans cette histoire, tout commence par la fin. La fin d’un contrat déjà très mal aimé : Puma–Gabon. Un « partenariat » critiqué pour n’être rien d’autre qu’une simple fourniture d’équipements, sans vrai sponsoring, sans visibilité, sans vraie valorisation du football gabonais. Le deal se termine, les critiques s’empilent, les Panthères doivent pourtant assurer les barrages : on prolonge à l’arrache, juste pour finir la route vers le Mondial. Service minimum.

En coulisses, on cherche alors la solution miracle :

– Se débarrasser de Puma.

– Faire « gabonais », « original » et « identitaire ».

– Utiliser, accessoirement, les 300 millions de F CFA mis à disposition par la Présidence de la République pour l’achat intégral des équipements des Panthères pour la CAN.

C’est là qu’entre en scène un trio explosif : la Fegafoot, le Sélectionneur Thierry Mouyouma et l’Office national du développement du sport (ONDS), mandatés par la Présidence pour équiper la sélection pour le barrage à la Coupe du Monde et la CAN.

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Résultat : un dossier monté en urgence, un storytelling XXL et une marque flambant neuve, sortie du labo : « Gaboma ».

Patriotisme à tous les étages, identité revendiquée, motif “100 % gabonais” et, si possible, gros chèque à la clé. Sauf qu’en face, à la CAF, on ne valide pas les rêves avec des slogans et des PowerPoint.

La CAF, pas vraiment fan du « Made in à-peu-près »

Le 21 novembre, la sentence tombe, sèche comme un tacle à la 93e : courrier officiel de mise en demeure, signé par Hassan El Kamah, directeur commercial de la CAF.

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Dans ce courrier, que nous avons pu consulter, plusieurs points font très mal :

  1. Tissu non conforme aux standards CAF. Autrement dit : ce qui est censé absorber la sueur absorbe surtout la honte.
  2. Similitude troublante du logo avec celui d’une marque déjà existante,
  3. en l’occurrence… Airness.
  4. Oui, Airness et sa panthère. On est passé de « Gaboma » à « Graboma » : on prend, on imite, on ajuste un peu, et on espère que ça passe.
  5. Absence d’enregistrement de la marque dans les registres officiels de la FIFA et de la CAF. Dans le monde réel, une marque qui n’existe pas légalement ne peut pas équiper une équipe nationale à une CAN. Détail technique, diront certains. Problème juridique majeur, répond la CAF.
  6. Aucune traçabilité ni garantie de production.
  7. Où c’est produit ? Comment ? Par qui ? Selon quelles normes ? Silence radio. Pour l’instant, « Gaboma » ressemble plus à un projet scolaire qu’à une ligne pro.
  8. Équipements classés non originaux, non réglementaires et non officiels. La CAF va plus loin : la marque « Gaboma » n’est pas autorisée pour cette CAN, notamment pour éviter tout conflit juridique.

Gaboma, vraiment 100 % gabonais… ou 200 % approximatif ?

La communication, elle, était prête : « Une marque nationale pour nos Panthères », « Retour aux sources », « Identité gabonaise retrouvée ».

Dans les faits, la CAF voit plutôt :

  1. Un logo qui flirte dangereusement avec celui d’Airness, ancien équipemier des Panthères (CAN 2010).
  2. Une marque introuvable dans les registres officiels.
  3. Des échantillons non conformes aux standards techniques imposés à toutes les sélections.

Pour une marque censée incarner la fiabilité, l’authenticité et la fierté nationale, ça commence à faire beaucoup.

Selon certains observateurs proches du dossier, cette opération « Gaboma » aurait surtout été un moyen habile de “placer” les 300 millions de F CFA alloués par la Présidence pour les équipements, via un montage où la Fegafoot, l’entourga du sélectionneur national, Thierry Mouyouma (mué en Chef de Porjet Marketing) et l’ONDS se retrouvaient au centre du dispositif… et du circuit financier.

Sanctions en vue : quand le maillot peut coûter plus cher que la prime

Le rappel à l’ordre de la CAF ne se limite pas à un simple « non ». Il s’accompagne aussi de menaces de sanctions financières très claires :

  1. Toute équipe qui utilise à la compétition un équipement non validé par la CAF s’expose à une amende comprise entre 150 000 et 300 000 dollars.
  2. En cas d’insistance, la CAF se réserve le droit d’interdire purement et simplement le port de cet équipement.
  3. L’utilisation persistante d’un équipement non officiel peut monter la note à environ 250 000 dollars, assortie d’autres mesures disciplinaires.

Traduction :

Si les Panthères insistent pour jouer en « Gaboma » non validé, elles pourraient offrir à la CAF un joli chèque en devises fortes, avant même de marquer leur premier but.

Dans un pays où on peine déjà à financer un championnat local, payer l’équivalent de plusieurs saisons de primes en amendes de maillot aurait un certain sens… symbolique.

Une affaire qui jette un discrédit de plus sur le football gabonais

Après les polémiques sur les primes, les déboires organisationnels, les championnats arrêtés, voici donc le scandale de l’équipement “national” recalé.

Selon plusieurs observateurs du sport gabonais, cette mise en demeure est ressentie comme :

  1. une nouvelle “clim” monumentale,
  2. une honte à quelques jours du début de la CAN,
  3. un discrédit supplémentaire pour la Fegafoot (même si celle-ci semble s’en dédouaner) et, par ricochet, pour l’équipe nationale elle-même.

L’image renvoyée à l’extérieur est désastreuse :

Un pays qui veut faire du “made in Gabon” sans maîtriser les règles minimales de propriété intellectuelle, de conformité technique, de procédures CAF/FIFA.

On ne parle même plus d’amateurisme, on entre dans le registre de l’improvisation institutionnelle.

Fegafoot, ONDS : explications obligatoires, temps mort interdit

À quelques jours seulement de la CAN, la Fegafoot et l’Office national du développement du sport vont devoir s’expliquer.

Pas dans un communiqué vague, pas dans un post Facebook nocturne :

clairement, publiquement, juridiquement.

Les questions s’enchaînent :

  1. Qui a validé officiellement la marque « Gaboma » ?
  2. Qui a conçu le logo, et qui a vérifié ses similitudes avec d’autres marques déjà enregistrées ?
  3. Pourquoi lancer une marque non enregistrée auprès de la FIFA et de la CAF à quelques semaines d’une compétition majeure ?
  4. Qui a produit les maillots ? Où ? Avec quelles normes ?
  5. Comment ont été programmés les 300 millions de F CFA destinés aux équipements ? Sont-ils déjà engagés ? Auprès de qui ? À quelles conditions ?

Pour l’instant, silence radio. Mais la CAF, elle, a déjà parlé. Et fort.

Sarcasme à part, l’heure est grave

On pourrait en rire : un pays qui invente son équipementier national, se prend les pieds dans le logo, se fait recaler pour non originalité alors qu’il vendait au peuple l’argument “100 % gaboma”.

On pourrait même imaginer le slogan : « Gaboma : plus local que légal ».

Mais derrière l’ironie, l’affaire est sérieuse :

  1. Elle démontre une méconnaissance inquiétante des règles internationales qui encadrent le football de haut niveau.
  2. Elle renforce l’image d’une gouvernance sportive où la communication précède la réflexion, et où l’on privilégie les effets d’annonce aux dossiers solides.
  3. Elle met une nouvelle fois les Panthères dans une situation de flou, en plein sprint final vers la CAN.

L’analyse de AFC Sports : et maintenant ?

Les prochaines heures et les prochains jours seront décisifs :

  1. La Fegafoot, qui tente déjà d’abandonner toute responsabilité à l’ONDS, devra donner des réponses à la CAF, ou, soit revenir vers un équipementier déjà validé (bonjour Puma, re-bonjour même), soit négocier en urgence avec un partenaire enregistré et capable de livrer dans des délais records.
  2. L’ONDS devra justifier son rôle dans ce montage “Gaboma” : qui a décidé quoi, sur quelle base, pour quels montants ?
  3. Quel rôle a joué le sélectionneur Thierry Mouyouma dans la création et la les arguments donnés aux autorités pour validation de cette marque “préfabriquée” ?
  4. La Présidence, qui a mandaté l’Office et débloqué les 300 millions, devra peut-être demander des comptes.

Par @AnthonyOkins

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