À quelques jours du choc face au Cameroun pour l’entrée en lice du Gabon à la CAN, le débat ne porte toujours pas sur la tactique, le onze de départ ou l’état de forme des Panthères. Non. Le pays discute maillots, communiqués, responsabilités et… « union sacrée ». Bienvenue dans la suite de « Gaboma-Gate », ce feuilleton où l’adversaire le plus coriace n’est pas la CAF, mais la capacité des institutions à assumer, ou pas, leurs choix.
Après les révélations sur le rejet par la CAF de la marque « Gaboma » – censée habiller fièrement les Panthères – et la mise en demeure adressée à la FEGAFOOT, l’Office National de Développement du Sport (ONDS) a décidé de sortir du silence. Un communiqué officiel, ton posé mais cibles bien identifiées, pour répondre aux « articles de presse en ligne » et « publications » qui, dit-il, voudraient « porter le discrédit sur l’institution ».
Derrière cette formulation feutrée, un message limpide : « Ne nous faites pas porter le chapeau. » Surtout quand le problème vient, pour une bonne part, d’ailleurs.
Reportage et analyse par AFC Sports, au pays où le maillot pèse parfois plus lourd que le ballon.
Barrages : l’ONDSC s’auto-blanchit
Premier volet du communiqué : les maillots des matchs de barrage.
La version ONDSC :
- Les joueurs et le staff se plaignent des équipements après le dernier match des éliminatoires en octobre 2025.
- Le Président de la République, dans un élan présenté comme paternel et patriotique, décide de « personnellement encourager » l’équipe en lui offrant des équipements complets de la marque avec laquelle elle évolue depuis deux ans.
- Sur la base des informations transmises par la FEGAFOOT et le staff technique, l’ONDSC passe commande auprès du fournisseur officiel.
- Le directeur général de l’Office se rend à Paris avec le responsable du matériel de la Fegafoot, « 20 ans d’expérience » au compteur, pour vérifier la commande.
- Les équipements sont acheminés à Rabat, et – détail souligné par l’ONDSC – « aucune plainte de la part des joueurs eux-mêmes n’a été signalée ».
Traduction :
Pour les barrages, tout a été fait avec la Fegafoot, validé par la Fegafoot et le staff de Mouyouma, contrôlé avec la Fegafoot, et accepté par les joueurs. Si quelqu’un cherche un scandale là-dessus, ce ne sera pas via la porte ONDSC.
En creux, l’Office envoie un message politique : « Nous ne sommes pas des cow-boys. Nous exécutons ce qui est décidé avec la Fédération et le staff. »
CAN 2025 : « initiative nationale », mais manquements confirmés
Là où le communiqué devient vraiment intéressant, c’est sur la deuxième partie : les équipements pour la CAN, donc le dossier « Gaboma » lui-même.
L’ONDSC commence par rappeler un fait sportif indiscutable : après quatre ans sans CAN, Thierry Mouyouma et son staff ont ramené le Gabon dans le grand bain continental. C’est flatteur, mais ce n’est pas gratuit : le sélectionneur est explicitement cité, comme acteur clé de ce qui suit.
Ensuite, les points-clés de la version ONDSC :
- Lors de la conférence d’après-match du 14 octobre 2025, le responsable de la communication de la FEGAFOOT annonce publiquement la fin du contrat avec l’équipementier des dernières années.
- Dans l’enthousiasme du retour sur la scène continentale, une marque locale fait une offre pour équiper les Panthères – comme d’autres sélections l’ont fait.
- Cette offre reçoit un « avis très favorable des acteurs eux-mêmes que sont les joueurs ».
- Les éléments du dossier sont transmis à la CAF pour validation.
- En retour, la CAF relève des manquements mais accorde un délai supplémentaire pour y remédier.
- Depuis, le ministère des Sports, l’ONDSC et la FEGAFOOT « s’attèlent, tous ensemble », à répondre aux attentes de la CAF.
Conclusion officielle : appel au calme, à la sérénité, et à « l’union sacrée » autour des Panthères.
On est loin de la version catastrophe d’une ONDSC partie seule en freestyle.
Le communiqué pose un cadre clair : il y a eu une idée, une offre locale, un aval de la FEGAFOOT, un enthousiasme des joueurs, et une procédure CAF qui a simplement renvoyé le dossier pour corrections.
Sauf que la réalité, telle que révélée ces derniers jours, est moins décorée : marque non enregistrée, similitudes de logo, tissu non conforme, absence de traçabilité, équipements jugés non originaux. La CAF n’a pas juste « relevé quelques manquements », elle a classé l’affaire au rayon “non conforme et non officiel”, et mis en demeure la Fegafoot.
L’ONDSC choisit de lisser le récit. Mais, en creux, une chose est claire : il ne nie pas l’initiative ni le rôle des joueurs et du staff, encore moins celui de la FEGAFOOT.

La Fegafoot tente le grand pont arrière
Depuis que « Gaboma-Gate » a éclaté, la Fédération gabonaise de football fait ce que beaucoup d’institutions savent faire de mieux : chercher la sortie de secours la plus rapide.
- D’un côté, c’est bien la FEGAFOOT qui a annoncé la fin du contrat avec l’équipementier précédent.
- C’est bien elle qui a laissé filer les délais, sans sécuriser à temps un nouvel accord clair avec un équipementier reconnu.
- C’est encore elle qui a transmis les éléments de la marque locale à la CAF, sans apposer sa siganture (curieusement).
Mais, au moment où la CAF sort le carton jaune très foncé, la tentation est grande de désigner “ l’ONDSC et leur complice Mouyouma” comme maître d’œuvre unique du désastre. L’Office, lui, ne laisse aucun doute : FEGAFOOT, staff technique, joueurs, Présidence, tout le monde était dans la boucle.
Ce communiqué est donc bien plus qu’un texte de clarification : c’est un acte de défense, presque une contre-attaque mesurée face à une Fédération qui essaie de s’extirper proprement du scandale.
À moins d’un mois du coup d’envoi face aux Lions Indomptables, plusieurs questions restent entières :
- Quel équipementier pour le Gabon au Maroc ?
Marque locale corrigée et (enfin) enregistrée ? Retour en catastrophe vers un grand équipementier déjà validé ? Prolongeation technique avec l’ancien partenaire ?
Le communiqué dit : « on travaille », mais ne répond pas.
- Qui décide vraiment ?
La FEGAFOOT a-t-elle été simple relais administratif ou véritable pilote dans le choix de la marque ? L’ONDSC a-t-il été exécutant zélé ou co-concepteur stratégique ? Le staff technique, et notamment Mouyouma, a-t-il outrepassé son rôle sportif en s’aventurant trop loin sur le terrain du marketing fédéral ?
Par @YannickManfoumbi


Le problème c’est pas le staff il est ailleurs