Panthères – « Gaboma-Gate » : l’ONDSC se défend, la Fegafoot s’esquive, et Mouyouma au centre du "game"

La redaction
8 Minutes de lecture

À quelques jours du choc face au Cameroun pour l’entrée en lice du Gabon à la CAN, le débat ne porte toujours pas sur la tactique, le onze de départ ou l’état de forme des Panthères. Non. Le pays discute maillots, communiqués, responsabilités et… « union sacrée ». Bienvenue dans la suite de « Gaboma-Gate », ce feuilleton où l’adversaire le plus coriace n’est pas la CAF, mais la capacité des institutions à assumer, ou pas, leurs choix.

Après les révélations sur le rejet par la CAF de la marque « Gaboma » – censée habiller fièrement les Panthères – et la mise en demeure adressée à la FEGAFOOT, l’Office National de Développement du Sport (ONDS) a décidé de sortir du silence. Un communiqué officiel, ton posé mais cibles bien identifiées, pour répondre aux « articles de presse en ligne » et « publications » qui, dit-il, voudraient « porter le discrédit sur l’institution ».

Derrière cette formulation feutrée, un message limpide : « Ne nous faites pas porter le chapeau. » Surtout quand le problème vient, pour une bonne part, d’ailleurs.

Reportage et analyse par AFC Sports, au pays où le maillot pèse parfois plus lourd que le ballon.

Barrages : l’ONDSC s’auto-blanchit

Premier volet du communiqué : les maillots des matchs de barrage.

La version ONDSC :

  1. Les joueurs et le staff se plaignent des équipements après le dernier match des éliminatoires en octobre 2025.
  2. Le Président de la République, dans un élan présenté comme paternel et patriotique, décide de « personnellement encourager » l’équipe en lui offrant des équipements complets de la marque avec laquelle elle évolue depuis deux ans.
  3. Sur la base des informations transmises par la FEGAFOOT et le staff technique, l’ONDSC passe commande auprès du fournisseur officiel.
  4. Le directeur général de l’Office se rend à Paris avec le responsable du matériel de la Fegafoot, « 20 ans d’expérience » au compteur, pour vérifier la commande.
  5. Les équipements sont acheminés à Rabat, et – détail souligné par l’ONDSC – « aucune plainte de la part des joueurs eux-mêmes n’a été signalée ».

Traduction :

Pour les barrages, tout a été fait avec la Fegafoot, validé par la Fegafoot et le staff de Mouyouma, contrôlé avec la Fegafoot, et accepté par les joueurs. Si quelqu’un cherche un scandale là-dessus, ce ne sera pas via la porte ONDSC.

- Advertisement -
Ad imageAd image

En creux, l’Office envoie un message politique : « Nous ne sommes pas des cow-boys. Nous exécutons ce qui est décidé avec la Fédération et le staff. »

CAN 2025 : « initiative nationale », mais manquements confirmés

Là où le communiqué devient vraiment intéressant, c’est sur la deuxième partie : les équipements pour la CAN, donc le dossier « Gaboma » lui-même.

L’ONDSC commence par rappeler un fait sportif indiscutable : après quatre ans sans CAN, Thierry Mouyouma et son staff ont ramené le Gabon dans le grand bain continental. C’est flatteur, mais ce n’est pas gratuit : le sélectionneur est explicitement cité, comme acteur clé de ce qui suit.

- Advertisement -
Ad image

Ensuite, les points-clés de la version ONDSC :

  1. Lors de la conférence d’après-match du 14 octobre 2025, le responsable de la communication de la FEGAFOOT annonce publiquement la fin du contrat avec l’équipementier des dernières années.
  2. Dans l’enthousiasme du retour sur la scène continentale, une marque locale fait une offre pour équiper les Panthères – comme d’autres sélections l’ont fait.
  3. Cette offre reçoit un « avis très favorable des acteurs eux-mêmes que sont les joueurs ».
  4. Les éléments du dossier sont transmis à la CAF pour validation.
  5. En retour, la CAF relève des manquements mais accorde un délai supplémentaire pour y remédier.
  6. Depuis, le ministère des Sports, l’ONDSC et la FEGAFOOT « s’attèlent, tous ensemble », à répondre aux attentes de la CAF.

Conclusion officielle : appel au calme, à la sérénité, et à « l’union sacrée » autour des Panthères.

On est loin de la version catastrophe d’une ONDSC partie seule en freestyle.

Le communiqué pose un cadre clair : il y a eu une idée, une offre locale, un aval de la FEGAFOOT, un enthousiasme des joueurs, et une procédure CAF qui a simplement renvoyé le dossier pour corrections.

Sauf que la réalité, telle que révélée ces derniers jours, est moins décorée : marque non enregistrée, similitudes de logo, tissu non conforme, absence de traçabilité, équipements jugés non originaux. La CAF n’a pas juste « relevé quelques manquements », elle a classé l’affaire au rayon “non conforme et non officiel”, et mis en demeure la Fegafoot.

L’ONDSC choisit de lisser le récit. Mais, en creux, une chose est claire : il ne nie pas l’initiative ni le rôle des joueurs et du staff, encore moins celui de la FEGAFOOT.

La Fegafoot tente le grand pont arrière

Depuis que « Gaboma-Gate » a éclaté, la Fédération gabonaise de football fait ce que beaucoup d’institutions savent faire de mieux : chercher la sortie de secours la plus rapide.

  1. D’un côté, c’est bien la FEGAFOOT qui a annoncé la fin du contrat avec l’équipementier précédent.
  2. C’est bien elle qui a laissé filer les délais, sans sécuriser à temps un nouvel accord clair avec un équipementier reconnu.
  3. C’est encore elle qui a transmis les éléments de la marque locale à la CAF, sans apposer sa siganture (curieusement).

Mais, au moment où la CAF sort le carton jaune très foncé, la tentation est grande de désigner “ l’ONDSC et leur complice Mouyouma” comme maître d’œuvre unique du désastre. L’Office, lui, ne laisse aucun doute : FEGAFOOT, staff technique, joueurs, Présidence, tout le monde était dans la boucle.

Ce communiqué est donc bien plus qu’un texte de clarification : c’est un acte de défense, presque une contre-attaque mesurée face à une Fédération qui essaie de s’extirper proprement du scandale.

À moins d’un mois du coup d’envoi face aux Lions Indomptables, plusieurs questions restent entières :

  1. Quel équipementier pour le Gabon au Maroc ?

Marque locale corrigée et (enfin) enregistrée ? Retour en catastrophe vers un grand équipementier déjà validé ? Prolongeation technique avec l’ancien partenaire ?

Le communiqué dit : « on travaille », mais ne répond pas.

  1. Qui décide vraiment ?

La FEGAFOOT a-t-elle été simple relais administratif ou véritable pilote dans le choix de la marque ? L’ONDSC a-t-il été exécutant zélé ou co-concepteur stratégique ? Le staff technique, et notamment Mouyouma, a-t-il outrepassé son rôle sportif en s’aventurant trop loin sur le terrain du marketing fédéral ?

Par @YannickManfoumbi

ÉTIQUETÉS :
Share This Article
Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *