Dans les coulisses du football gabonais, une vérité s’impose doucement : le “Gaboma-Gate” n’a pas seulement fracassé une marque locale bancale, il a aussi rebattu les cartes du pouvoir. Et dans ce nouveau jeu, la Fédération gabonaise de football (FEGAFOOT) n’est plus sur la touche. Elle est revenue au centre du terrain, ballon au pied, et avec un nom dans les cartons : AB Sport, équipementier marocain en pleine conquête africaine.
Selon nos informations, un accord de principe avec AB Sport avait déjà été trouvé avant même l’épisode Gaboma, ce qu’avait d’ailleurs laissé entendre l’attaché de presse de la FEGAFOOT, Pablo Moussodji Ngoma, en conférence de presse à Franceville et à Libreville (Nomad). C’était avant l’entrée tonitruante de la Présidence, avant les 300 millions de F CFA (100 millions des Barrages), avant la grande idée d’une marque 100 % gabonaise vendue par le sélectionneur Thierry Mouyouma et ses proches à l’ONDS. Autrement dit : pendant que tout le monde regardait “Gaboma”, la FEGAFOOT avait déjà un plan B… qui ressemblait fortement à un plan A discret.
Reportage, par notre rédaction, au pays où les rapports de force changent aussi vite que les maillots.
De “victime” à maître du jeu : la FEGAFOOT retourne la situation
Dans l’épisode 3 de notre saga, des voix internes à la FEGAFOOT – sous couvert d’anonymat – se présentaient comme “victimes” du Gaboma-Gate :
« La FEGAFOOT est victime dans ce scandale, même si c’est nous qui avons envoyé le mail et le contrat. On avait déjà notre équipementier, au Maroc. À cause des sommes d’argent en jeu, le staff technique s’est transformé en direction commerciale et marketing de la Fédération, avec le concours de l’Office qui gère le magot. C’est ça, la réalité. »
« La Fédération est victime dans cette affaire de Gaboma-Gate. On n’en serait pas là si ceux qui se baladent avec le nom de la Présidence, notamment le sélectionneur et ses amis, n’avaient pas outrepassé leurs fonctions en montant une marque présentée aux joueurs et validée par l’ONDS en catimini. On savait que ça n’allait pas passer à la CAF. »
Traduction :
L’ONDS (Office national du développement du sport) et le sélectionneur Mouyouma seraient sortis de leur couloir pour jouer aux marketeurs.
La Présidence, bien intentionnée, avec son enveloppe globale de 400 millions de F CFA, a voulu “faire un geste fort” pour l’équipe.
Et, au milieu, la FEGAFOOT se serait vue dépossédée de la gestion naturelle des équipements.
Mais depuis la mise en demeure de la CAF et le naufrage de la marque “Gaboma”, le rapport de force a basculé :
C’est à nouveau la FEGAFOOT qui parle à la CAF et annonce “travailler avec le ministère et l’ONDSC”. C’est elle qui revendique “avoir déjà un équipementier” et se prépare à signer “pour la CAN, puis sur le long terme”. C’est elle qui se repositionne comme gardienne de la conformité, expliquant qu’elle “savait que ça n’allait pas passer à la CAF”.
La Fédération, un temps contournée par un duo ONDSC–Mouyouma, a laissé les autres se brûler les doigts avec Gaboma, avant de revenir avec son propre dossier marocain. Un piège ? Un retournement opportuniste ? Un réflexe de survie institutionnelle ? Chacun choisira son camp. Mais une chose est sûre : la FEGAFOOT a repris la main sur le dossier le plus sensible du moment.

AB Sport, le “plan marocain” du Gabon : expertise, opportunité… et passif encombrant
Le nom d’AB Sport ne tombe pas du ciel. Basée à Tanger, fondée en 2016 par Bassam El Akel, la marque a construit sa crédibilité en Afrique à coups de partenariats ciblés :
Mauritanie : équipementier de la sélection depuis 2019, présente sur plusieurs CAN.
Soudan, République centrafricaine, Djibouti : d’autres équipes nationales africaines qui ont porté ses couleurs.
Clubs comme le Williamsville AC (Côte d’Ivoire) ou l’Étoile du Nord (basket en Mauritanie).
AB Sport n’est pas un géant mondial, mais un acteur agressif du marché africain, exactement là où la CAN 2025, organisée au Maroc, offre une vitrine idéale. Pour une Fédération gabonaise à la recherche d’un partenaire capable de livrer vite, de personnaliser les maillots, de jouer la carte “Afrique avec l’Afrique”, le profil fait sens :
- Proximité géographique (Maroc–Gabon).
- Expérience des compétitions CAF.
- Ambition affirmée de s’imposer comme marque de référence sur le continent.
Mais le tableau n’est pas totalement lisse : en 2019, AB Sport a été accusée de plagiat par un styliste lié à Nike, sur des designs de maillots. L’affaire n’a pas stoppé son expansion africaine, mais elle laisse une trace : le débat sur l’originalité et la propriété intellectuelle n’est pas tout à fait neuf dans son histoire.
Et maintenant ? Analyse de AFC Sports
Si le partenariat avec AB Sport se confirme, les Panthères devraient arriver au Maroc avec :
- Un maillot homologué, livré par une marque qui connaît déjà les exigences de la CAF.
- Un équipementier ambitieux, désireux de profiter de la CAN pour asseoir sa présence en Afrique.
- Une Fédération plus solide dans le rapport de force interne, au moins sur le dossier des équipements.
Mais pour le public gabonais et africain, une question demeure, en filigrane :
Le Gabon s’est-il vraiment professionnalisé dans sa gestion des équipements, ou a-t-il simplement troqué un désordre “made in Gabon” contre un gré à gré plus poli, made in Maroc ?
Sur le terrain, les joueurs n’y pourront pas grand-chose. Ils enfileront ce qu’on leur donnera, tenteront d’honorer le maillot, quel que soit son fabricant. En tribunes, en revanche, on ne pourra pas empêcher une partie du public de se dire que, dans cette histoire, les coutures les plus fragiles ne sont pas sur les manches… mais dans la gouvernance qui les signe.
Par @YannickManfoumbi

