Confiée à son coach comme à un “grand frère”, une jeune judokate gabonaise de 16 ans raconte avoir été violée à plusieurs reprises, jusqu’à tomber enceinte, avant de faire une fausse couche. Trois jours de détention seulement pour le mis en cause, un dossier à l’arrêt, un prédateur qui rôde près de son école : l’ONG SOS Prisonniers Gabon brise le silence et met au défi la justice de ne plus détourner le regard.
Dans un dojo, la promesse. Sur un tatami, une adolescente de 16 ans qui rêve de médailles, de drapeaux au vent, de podiums pour le Gabon. Et à quelques mètres d’elle, celui que tout le monde appelle “coach”, “sensei”, “grand frère”. Dans le sport, l’histoire commence souvent comme ça : un adulte en survêtement, une aura d’autorité, la confiance des parents. Elle se termine parfois en cauchemar. Reprise du récit par la rédaction AFC Sports.
L’ONG SOS Prisonniers Gabon, dont le slogan sonne aujourd’hui comme un cri – « c’est enfin notre essor vers l’indépendance de la justice » – vient de rendre publique une affaire qui glace le sang. Une histoire de viols répétés, de grossesse, de fausse couche, de menaces, de lenteurs judiciaires. Une histoire qui se déroule non pas dans quelque documentaire lointain sur la pédocriminalité dans le sport, mais à Libreville, capitale du Gabon, dans le judo, avec une internationale en devenir.
Le coach, la fugue et la première nuit
Tout commence par une fugue, “des raisons familiales”, rapporte SOS Prisonniers Gabon. Les parents, inquiets, appellent celui en qui ils ont le plus confiance : le coach. Il finit par les rappeler : il a retrouvé la jeune fille, il est tard, elle dormira chez lui, il la ramènera le lendemain matin. Dans beaucoup de familles, au Gabon comme ailleurs, un entraîneur devient vite “comme la famille”. Ils acceptent. Ils lui confient leur fille. Ils ne se doutent de rien.
Ils ignorent qu’une fois la porte fermée, le tatami se transforme en piège. Il commence à la toucher, elle résiste, il insiste. Elle est seule, mineure, tétanisée. Il finit par la violer. Le lendemain, le monde continue de tourner. Comme souvent dans ces histoires-là, rien ne se voit. Et surtout, rien ne se dit.
Le Cameroun, la fausse réunion et le verrou
Quelques mois plus tard, en août, la judokate est sélectionnée pour le championnat d’Afrique au Cameroun. Fierté familiale, fierté nationale. Il y a l’équipe, les officiels… et lui. Le prédateur. Il n’est même pas dans la délégation officielle, mais il prend un billet à ses frais pour suivre la jeune fille. Il ne parvient pas à l’approcher là-bas. Il reviendra à Libreville avec autre chose que des souvenirs de compétition : une obsession intacte.
Une semaine après le retour, il invente alors une “réunion” chez lui. Il appelle la jeune fille, puis les parents pour être sûr qu’elle viendra. La mère insiste : “C’est important, tu es capitaine de l’équipe.” Elle y va. Arrivée sur place, elle se rend vite compte qu’elle est seule. Elle demande où sont les autres. Réponse : “Ils arrivent.”
Ils n’arriveront jamais.
La porte se verrouille. Trente à quarante-cinq minutes de silence, de malaise, d’attente. Puis, quand elle demande à rentrer, il recommence. Nouvelle agression. Nouvelles supplications ignorées. Même scénario, même violence. Quand tout est fini, il lui ouvre la porte et lâche une phrase qui en dit long sur sa confiance dans le système : « Si tu essaies de parler, toi-même tu connais. »
Plus tard, il reviendra encore, cette fois chez la famille, sous prétexte de rendre visite à “l’épouse souffrante d’un ami”. En réalité, il vient pour une opération de nettoyage : il arrache le téléphone de la jeune fille et supprime les messages compromettants.
Une grossesse, une fausse couche… et trois jours de prison
Le 16 décembre 2024, presque un an avant la révélation publique de l’ONG, la jeune fille finit par craquer. Elle parle. Elle raconte tout à sa mère. La famille porte plainte immédiatement. L’enquêteur ordonne un examen médical. Le verdict tombe : enceinte de cinq mois. À 16 ans. De son coach.
Le 23 décembre, le maître de judo est placé sous mandat de dépôt. On se dit que, cette fois, la justice va faire son travail. Trois jours plus tard, le 26 décembre, il est libéré. La famille n’est même pas informée.
Le 24 décembre, veille de Noël, la jeune fille fait une fausse couche qui manque de lui coûter la vie.
Depuis, elle dit avoir aperçu à plusieurs reprises son agresseur rôder près de son établissement scolaire. Elle vit avec cette peur-là, ce visage-là, dans son champ de vision. Elle qui portait le kimono national, qui représentait le Gabon à l’international, n’a plus envie de faire du sport. Le judo, qui devait être son tremplin, est devenu son piège.
Une justice au ralenti, un prédateur en costume
Le dossier, lui, semble s’être mis en berne. Le premier juge d’instruction a été dessaisi, un nouveau magistrat a été désigné… mais le dossier n’a toujours pas été transmis. La procédure est à l’arrêt. Un stand-by qui résonne comme un abandon.
SOS Prisonniers Gabon pose la question que tout le monde se pose à demi-mot :
le fait que le mis en cause travaille dans une grande banque explique-t-il cette lenteur inexpliquée ?
En d’autres termes : son statut social lui sert-il de bouclier ?
Pendant ce temps-là, la jeune fille s’accroche comme elle peut. Elle n’est plus seulement une sportive blessée, elle est une preuve vivante que le monde du sport peut abriter ses propres prédateurs, bien au chaud derrière un titre de “Maître”, une ceinture noire, un contrat dans une grande institution.
Le sport, terrain de jeu des prédateurs
À l’international et au Gabon, avec le “Capello Gabon”, les affaires de violences sexuelles dans le sport se sont empilées comme des dossiers jamais clos : gymnastique américaine, patinage, football de jeunes, clubs amateurs sans contrôle. Le vocabulaire est connu : “emprise”, “confiance”, “autorité”, “silence”. Le Gabon, lui, n’y échappe pas. La seule différence, c’est que, cette fois, un nom de plus entre dans les cases : judo, Libreville, mineure, coach, grossesse, fausse couche, trois jours de détention.
L’ONG ne se contente pas de raconter. Elle réclame :
une instruction rapide, impartiale, conforme à la loi,
une protection réelle de la victime,
l’application de la Loi organique n°003/2018 portant Code de l’Enfant, qui place l’intérêt supérieur de l’enfant au-dessus des statuts, des emplois, des réseaux.
Et elle rappelle une évidence que certains semblent avoir oubliée : le viol d’un mineur est un crime. Pas une erreur. Pas une maladresse. Un crime.
Et aucun statut social, aucune carte de visite, aucun badge d’employé dans une grande banque ne devrait faire écran entre ce crime et la justice.
Analyse de AFC Sports
Dans cette histoire, il y a une jeune fille qui ne regarde plus son judogi de la même façon, une famille qui a perdu confiance en l’institution sportive, et un pays qui, une fois de plus, se voit obligé de constater que sans réaction rapide, le silence et l’inaction finissent toujours par ressembler à de la complicité.
Par @YannickManfoumbi

Bonjour, ce n’est pas aujourd’hui, que ça se passe ,depuis des années on fait semblance de rien voir ,alors que le monde du Judo sait ce qui ce passe ,juste rendre un hommage a cette jeune fille qui eu le courage de parler… et donné le nom de ce clown