Dans la savane gabonaise, il y a les vieux fauves qu’on connaît par cœur, ceux qui ont déjà rugi en Coupe d’Afrique, en Ligue 1, en Europe. Et puis, il y a les petits. Les bébés panthères qui attendent leur heure, tapis dans l’ombre, les crocs qui démangent. Royce Drax Openda Ouaga, 23 ans, c’est exactement ça : un jeune félin longtemps ignoré, aujourd’hui sur le point de devenir l’une des révélations offensives de la CAN.
Sur sa fiche de joueur, rien de quoi effrayer l’éléphant, le Lion indomptable ou l’Atlas marocain : Nationalité gabonaise, né le 21 avril 2002 à Libreville, ailier droit, pied droit, National 2 avec les Girondins de Bordeaux : 10 matchs, 4 buts en 2025-2026. Avant ça, Lorient B (3 buts en 33 matchs), Chambly (4 buts en 21 matchs).
CV modeste, trajectoire discrète. Mais dans la jungle d’une sélection en reconstruction, ce sont parfois les plus silencieux qui finissent par mordre le plus fort. Forfait AFC Sports.
Longtemps ignoré, soudain incontournable
Pendant des mois, son nom ne dépassait pas la ligne de touche gabonaise. Dans les discussions autour des Panthères, on parlait d’Aubameyang, de Bouanga, de Babicka, d’Allevinah… mais jamais ou presque d’Openda. Comme si ce gamin qui se tuait à la tâche dans les divisions inférieures françaises n’existait pas.
Puis est arrivé novembre dernier et ce match de barrage de Coupe du monde face au Nigeria. Le genre de rendez-vous où un jeune félin peut soit se planquer dans les hautes herbes, soit tenter sa chance face aux aigles. Appelé pour la première fois en sélection, Openda débarque dans le groupe comme le petit dernier de la fratrie : personne ne l’attend, tout le monde le jauge.
Le Gabon se fait corriger, éliminé nettement par le Nigeria. Une soirée à oublier pour beaucoup. Sauf que, au milieu du naufrage, un maillot jaune, floqué du numéro 13, refuse de couler : Royce Drax Openda se distingue comme l’attaquant le plus remuant côté gabonais.
Appels en profondeur, percussions, provocations balle au pied : la petite panthère s’amuse avec l’arrière gauche nigérian, gratte, insiste, ne se cache jamais. Le score ne ment pas, mais lui laisse une trace : celle d’un type qui, malgré le contexte, a décidé de prouver qu’il avait sa place dans la tanière.
Ce soir-là, le Gabon perd un billet pour le Mondial, mais gagne quelque chose d’autre : une vraie option offensive pour la CAN.
National 2, mais gros appétit
Ce qui rend le cas Openda fascinant, c’est le contraste permanent entre l’étiquette et le contenu.
L’étiquette : joueur de National 2, 5e division française, des Girondins de Bordeaux en reconstruction.
Le contenu : 10 matchs, 4 buts cette saison, une montée en puissance nette depuis sa première cape, et surtout, ce sentiment qu’il joue chaque minute comme si on pouvait lui retirer le maillot au prochain corner.
Depuis son retour de sélection, le garçon enchaîne les buts en club, comme si cette escapade sous le maillot des Panthères avait réveillé quelque chose. Le bébé félin bercé dans les plaines de Tchibanga, dans le sud du Gabon, a goûté à la grande savane internationale, et il n’a plus envie de retourner sagement dormir sous le banc de touche.
Ce n’est pas un crack programmé par un centre de formation luxueux. C’est un bosseur, un jeune des quartiers, un attaquant qui s’est battu par ses moyens pour atterrir se chercher dans l’hexagone, et qui a connu les stades quasi vides, les galères de footballeur sans salaires du National foot gabonais, les voyages de N2, les pelouses capricieuses… Mais quand il entre en jeu, il a ce truc qu’on ne travaille pas : le regard de celui qui a les crocs.

Une CAN avec un boulevard devant lui ?
Le destin, parfois, offre des espaces dignes d’une défense mal alignée. Au poste d’ailier/attaquant, Openda a, théoriquement, deux concurrents directs : Babicka et Allevinah.
Problème (ou opportunité, selon le point de vue) : les deux reviennent de blessure. Pas à 100 %, pas forcément capables d’enchaîner trois matchs de poule à fond, encore moins une CAN complète avec prolongations émotionnelles.
Dans ce contexte, le profil d’Openda devient soudain très séduisant pour Mouyouma: 23 ans, frais physiquement, en confiance en club, sans passé de star, donc sans égo ingérable, et surtout, une capacité à entrer dans un match comme un félin sur une proie : sans calcul.
Suffisant pour en faire un titulaire à la CAN ?
La question se pose sérieusement. Parce que, dans un tournoi où la moindre accélération peut briser un bloc, avoir un ailier droit capable de répéter les courses, de provoquer le un-contre-un, de finir ses actions, ce n’est plus du luxe. C’est une arme.
Et à l’heure où le Gabon cherche à renouveler sa ligne offensive, parier sur un bébé Panthère affamé peut vite devenir plus logique que d’attendre des miracles de vieux fauves usés.

L’Analyse de AFC Sports
On ne sait pas encore ce que la CAN lui réservera : des entrées à la 70e, un rôle de joker, une place de titulaire aux côtés d’Aubameyang et Bouanga ou quelques minutes seulement pour apprendre.
Ce qu’on sait, en revanche, c’est que le Gabon tient avec Royce Drax Openda une jeune panthère aux crocs bien aiguisés, qui a déjà prouvé qu’elle savait mordre quand on lui en laisse l’occasion.
Dans quelques jours, entre les pelouses marocaines, les hymnes et les caméras, si vous voyez un ailier droit gabonais prendre son vis-à-vis de vitesse, tenter des choses que d’autres n’osent pas, jouer comme si chaque ballon était décisif…
Ce ne sera pas une surprise. Juste la suite logique de l’histoire d’un bébé félin qui, à 23 ans, a enfin trouvé l’ouverture pour se faire une place dans la grande tanière du football africain.
Par @AnthonyOkins
