On avait connu les matches amicaux annulés faute d’adversaire. Les stages perturbés par les retards de vol. Les listes retouchées à la dernière minute. Mais là, le Gabon vient peut-être d’inventer une nouvelle discipline : le match test annulé faute de maillots. Oui, faute de maillots. Pas de débat tactique, pas de blessure de dernière minute, pas de pelouse impraticable : pas d’équipements, donc pas de match.
Mercredi, les Panthères devaient affronter l’Ouganda dans un match de préparation censé donner du rythme, des repères, un onze probable, un peu de confiance. Bref, tout ce qui sert à ne pas débarquer à la CAN avec l’air de quelqu’un qui découvre la compétition au coup d’envoi. Sauf que la rencontre a été annulée, selon les informations recueillies par AFC Sports, en raison de la non-livraison à temps des équipements de match par AB Sport, la marque marocaine choisie en dernier recours pour habiller la sélection.
La CAN au Maroc approche, le Cameroun attend le Gabon le 24 décembre, et pendant ce temps-là, les Panthères sont… sans tenue adéquate.
AB Sport, dernier recours… première inquiétude
Le choix d’AB Sport n’est pas tombé du ciel. Il s’inscrit dans une séquence déjà embarrassante : après le feuilleton “Gaboma Gate” et la gestion chaotique des équipements ces derniers mois, la Fédération gabonaise de football a dû trouver une solution rapide. Résultat : un prestataire marocain, sélectionné à la hâte, qui n’a pas livré l’intégralité de la commande à temps, et dont les premiers éléments reçus posent déjà question.
Toujours selon nos informations, les premiers équipements livrés ne correspondraient pas aux attentes du staff technique, ni sur le plan qualitatif, ni sur le plan pratique. Le plus cocasse ? La météo. Casablanca n’est pas Libreville. Il fait froid. Et les Panthères, elles, se retrouvent avec des tenues jugées peu adaptées aux conditions climatiques : manque de vêtements chauds, absence d’équipements pour couvrir les joueurs lors des séances, et des pièces essentielles qui manquent encore à l’appel.
En résumé : à quelques jours de la CAN, le Gabon découvre qu’une préparation, ça se fait aussi avec… des vêtements.
Résultat : les Panthères s’entraînent en salle (et la pelouse attend)
Conséquence immédiate : faute d’équipements suffisants, notamment pour les séances en extérieur, les joueurs s’entraînent principalement en salle, pour éviter de “prendre froid”. L’expression circule dans l’entourage de l’équipe nationale du Gabon comme si l’on préparait une colonie de vacances d’hiver, pas une phase finale de Coupe d’Afrique.
C’est là que l’inquiétude grandit, au-delà de la moquerie facile. Parce que s’entraîner en salle, à moins de dix jours d’un match contre le Cameroun, ce n’est pas exactement l’idéal pour : travailler les sorties de balle sous pression, régler un bloc défensif, répéter les transitions, ajuster la coordination des lignes, ou simplement retrouver les automatismes sur grand espace.
Une CAN, ce n’est pas un tournoi de futsal. Et pourtant, le Gabon semble actuellement préparer son entrée en compétition comme on prépare une séance de gainage.

Stage au Maroc improvisé, Espagne oubliée
La situation prend un relief encore plus absurde quand on se souvient que la préparation devait initialement se faire… en Espagne. Mais, changement de plan à la dernière minute : le stage a été improvisé au Maroc, à Casa, à quelques jours seulement du premier match.
Sur le papier, le Maroc peut offrir de bonnes conditions. Mais l’improvisation, elle, coûte toujours quelque chose : du temps, de la sérénité, de la cohérence. Et dans un groupe, le moindre grain de sable logistique se transforme vite en irritant psychologique.
Un stage, ce n’est pas juste “être dans un pays”. C’est une chaîne d’organisation : équipements, installations, transport, adversaires, calendrier, intendance. Quand un seul maillon casse — ici, les tenues — tout le reste vacille.
Pendant que ça cafouille, Mounguengui « se pavanerait » au Qatar
Évidemment, l’image fait tache : pendant que l’équipe gère les manques de matériel et l’annulation d’un match test, Pierre-Alain Mounguengui serait annoncé au Qatar. La communication officielle dira “mission” ou “représentation”. L’opinion publique, elle, voit surtout un décalage : le luxe du protocole d’un côté, les chaussettes manquantes de l’autre.
Ce contraste n’aide pas à calmer les tensions internes. Or, selon plusieurs échos qui remontent à AFC Sports, des tensions organisationnelles existent déjà entre certains joueurs, le staff technique et la fédération, notamment sur la qualité des conditions de préparation. Rien d’explosif pour l’instant, mais assez pour rappeler cette règle : une sélection se fragilise rarement sur une tactique, souvent sur des détails logistiques qui s’accumulent jusqu’à devenir symboles d’abandon.
À la CAN sans match test ? Une vraie question, pas juste une punchline
La formule fait rire, mais elle fait aussi peur : le Gabon ira-t-il à la CAN sans match test ?
Parce qu’un match de préparation, ce n’est pas une formalité. C’est le moment où l’on mesure : le niveau athlétique réel, les associations qui fonctionnent, les joueurs en avance / en retard, la solidité mentale du groupe, et la capacité du staff à corriger vite.
Annuler ce match face à l’Ouganda, après déjà l’annulation du match annoncé face au Bénin, c’est perdre une répétition générale. Et quand on joue le Cameroun pour entrer dans la compétition, on sait que la CAN ne laisse pas le temps de “se mettre dedans” au bout de 30 minutes.
L’Analyse de AFC Sports
Le Gabon peut-il transformer le chaos en carburant ?
Il serait injuste d’enterrer les Panthères uniquement pour un épisode de logistique. L’histoire du football africain est remplie d’équipes mal préparées sur le papier, qui se transcendent sur le terrain. La fierté, la solidarité, la colère même, peuvent devenir des ressorts.
Mais il ne faut pas confondre résilience et habitude du désordre. À force de normaliser l’improvisation, on finit par faire de la débrouille une méthode. Et la CAN, elle, punit très vite les équipes qui arrivent sans repères, sans confiance, et sans plan clair.
Pour l’instant, le Gabon est à Rabat, avec une préparation déjà contrariée, un match test annulé, des équipements incomplets, et des crispations en coulisses.
La bonne nouvelle ? Tout peut encore se réparer.
La mauvaise ? Il ne reste presque plus de temps pour le faire.
Par @AnthonyOkins
