À la veille du match d’ouverture Maroc–Comores de la CAN 2025, Patrice Motsepe a dégainé une annonce lourde : la Coupe d’Afrique des Nations ne se jouera plus tous les deux ans, mais tous les quatre ans à partir de 2028. La CAN 2027, prévue au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, reste maintenue à l’été 2027, mais le cycle quadriennal s’enclenchera ensuite : « En 2027 nous irons en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda et la CAN suivante aura lieu en 2028 », a expliqué le président de la CAF samedi 20 décembre à Rabat.
Dans le même mouvement, Motsepe a annoncé la création d’une Ligue des Nations africaine, inspirée du modèle UEFA, à partir de 2029, disputée chaque année et censée apporter « plus de prize-money, plus de ressources, plus de compétition ». Officiellement, l’objectif est clair : adapter le calendrier africain aux fenêtres FIFA et aux exigences d’un football mondialisé où clubs et sélections se disputent désormais les dates. Analyse de AFC.
« La CAF s’est couchée » : l’analyse au vitriol de Romain Molina
L’annonce a déjà déclenché des réactions tranchées. Sur les réseaux, le journaliste Romain Molina résume l’affaire sans détour :
« Sans surprise, la CAF s’est couchée devant la FIFA (et la Coupe du Monde des Clubs d’Infantino) et fait donc passer la CAN tous les quatre ans à partir de 2028. (…) Pour rappel, la CAN, c’est un peu la “poule aux œufs d’or” du foot africain donc la faire passer tous les quatre ans, ça va faire bizarre… Mais pas de panique, voyons, faisons une “Ligue des Nations” (…) à la place au milieu ! »
Son accusation vise un point central : la CAN n’est pas qu’un évènement sportif, c’est l’actif commercial majeur du football africain (droits TV, sponsoring, billetterie, visibilité). La réduire en fréquence, c’est accepter de rarefier le produit le plus bankable du continent, pendant que la FIFA, elle, multiplie ses rendez-vous (Mondial élargi, Coupe du monde des clubs, etc.).

Enjeux : valeur, calendrier, pouvoir… et économie du football africain
Le débat dépasse le simple “tous les deux ans ou tous les quatre ans”. Il touche aux rapports de force : qui fixe le tempo mondial, qui encaisse les revenus, et qui s’adapte. Une CAN quadriennale peut, en théorie, augmenter la valeur de l’évènement (plus rare, donc plus attendu), améliorer la préparation des sélections et réduire les tensions avec les clubs européens. Mais elle peut aussi fragiliser l’écosystème : moins de CAN, c’est moins de rendez-vous réguliers pour les sponsors, moins d’exposition continue pour les joueurs et les sélections, et potentiellement moins de retombées récurrentes pour certaines fédérations.
Analyse de AFC Sports
La CAN ne disparaît pas, elle change de modèle. Il faut toutefois nuancer : la CAN reste la compétition reine, et rien ne dit que le passage à quatre ans la rendra moins populaire — au contraire, l’exemple de l’Euro ou de la Coupe du monde montre qu’un rythme quadriennal peut renforcer le prestige. La vraie inconnue, c’est la Ligue des Nations africaine : si elle est bien dotée, bien vendue et bien organisée, elle peut offrir des matches compétitifs plus fréquents et stabiliser des revenus. Si elle est mal calibrée, elle risque de devenir une compétition de plus, sans identité claire, ajoutée à un calendrier déjà saturé. En somme, la décision est une révolution sur le papier ; son impact réel dépendra surtout de l’exécution… et de la capacité de la CAF à garder la main sur ce qu’elle vend.
Par @MikelDoussengui
