Le Cameroun a frappé dès la 6e minute, puis a déroulé son plan avec ce calme un peu cruel des équipes qui savent exactement où elles vont. Le Gabon, lui, a surtout donné l’impression de chercher le mode d’emploi… sur la notice d’un autre appareil. Défaite 1-0 mercredi soir, dans un groupe F annoncé comme un casse-tête (Côte d’Ivoire, Mozambique), et une sensation persistante : les Panthères n’ont pas seulement perdu un match, elles ont perdu la confiance populaire pour le reste du tournoi. À la fin, il ne restait qu’une conclusion sur les réseaux : le Gabon s’est couché tôt. Un supporter a résumé la soirée comme un bulletin météo : « Maroc : bonne attaque. Zambie : bonne défense. Cameroun : bonne cohésion. Gabon : bonne nuit. »
Dans l’œil du cyclone, Thierry Mouyouma, sélectionneur intérimaire récemment prolongé d’un an, mais déjà en sursis dans l’imaginaire collectif. Le problème n’est pas seulement la défaite : c’est l’impression d’un scénario déjà vu. Après le barrage face au Nigeria — épisode où l’opinion lui reprochait d’avoir “joué au laboratoire” en match officiel — le match contre le Cameroun a rallumé la même mèche : choix initiaux contestés, lecture du match confuse, gestion des cadres incompréhensible. Et quand le peuple commence à t’appeler “prof d’EPS”, c’est rarement pour te proposer un CDI. « Merci pour la tactique monsieur le prof d’EPS », pique un commentaire, pendant qu’un autre tranche : « C’est d’abord quel coach ? Boupendza avait raison ». Analyse AFC Sports.
Une composition qui s’auto-détruit : “tu préserves” tes stars… puis tu paniques à la 32e
Le premier procès populaire vise la composition de départ. Mouyouma choisit de laisser Aubameyang et Mario Lemina sur le banc. Sur le papier, ça peut s’expliquer (forme, précaution, stratégie). Sauf que dans les faits, le Gabon encaisse tôt, se retrouve à courir après le score, et n’affiche ni menace offensive claire ni plan de progression. La sanction arrive vite : à la 32e minute, le sélectionneur fait entrer… ceux qu’il était censé préserver. Le public y voit une contradiction, presque une confession : soit la compo de départ était une erreur, soit il n’y avait pas de cap. D’où ce refrain qui revient : « Comment tu peux mettre les cadres au banc ? » et ce constat acide : « Le type qui teste les joueurs pendant les grands matchs… »
Le plus mordant, c’est peut-être ce commentaire qui résume l’inversion des responsabilités : « C’est PEA et Lemina les coachs de cette équipe. Ils décident de quand ils jouent. » Formule excessive, mais révélatrice : dans l’esprit des supporters, cette gestion donne l’impression d’un staff qui subit plus qu’il ne maîtrise.
Sur les réseaux, la défaite devient un sketch national
Au-delà de la tactique, les commentaires racontent surtout l’état d’une relation : celle d’un peuple et de son sélectionneur, devenue inflammable. Mouyouma n’est pas seulement critiqué, il est croqué : « Un coach de pacotille », « Comédien ! », « Le tocard en chef », « Un rigolo comme coach ! ». Un autre, plus littéraire, vise même le cliché de “l’intello à lunettes” : « Tout le monde croit que les gens à lunettes sont brillants. Lui, c’est l’exception qui confirme la règle. » Et forcément, quand le sarcasme prend le dessus, ça part en spin-off : « Prof de natation », ou encore « Coach Thierry Mouyouma, le DAMIER est aussi un très bon sport. Joyeux Noël. »
Cette violence-là a un contexte : le supporter gabonais ne reproche pas uniquement de perdre au Cameroun. Il reproche une impression de désordre, de bricolage permanent — le fameux “ça commence à viendre” moqué en boucle — et une communication jugée déconnectée : « Quand c’est pour gonfler en conférence de presse, il est fort».

Tout n’est pas noir : une 2e mi-temps qui entretient l’illusion
Dans le chaos, quelques voix appellent à respirer. Certains saluent la réaction : « La deuxième mi-temps… ça promet », « Un très bon match, juste la finition qui manquait », « Restons positifs ». Mais même ces messages “calmes” disent autre chose : ils reconnaissent implicitement que le Gabon a démarré à l’envers, et que ce renversement tardif n’a pas suffi.
Le problème, au fond, c’est la CAN : on ne distribue pas les points pour “bonne seconde période”. Un commentaire le rappelle sèchement : « On ne vient pas dans une compétition pour bien jouer et perdre. »
Une CAN qui peut coûter cher : l’intérimaire prolongé, déjà au bord du précipice
Mouyouma a été prolongé, mais il reste perçu comme un intérimaire : un entraîneur qu’on observe, qu’on évalue, et qu’on peut remplacer vite. Cette défaite contre le Cameroun rend l’équation brutale : dans un groupe aussi relevé, le Gabon n’a plus le luxe d’apprendre en marchant. Et l’opinion, elle, est déjà en train de faire les comptes : « Nous allons tous regarder la CAN à la télé après la 3e journée », « Nous serons les premiers à rentrer au pays », « Après la CAN, lui-même il connaît que c’est off. »
Le plus inquiétant pour lui, c’est que la critique n’est pas seulement émotionnelle : elle commence à se structurer. Certains lient le problème à une vision plus large : championnat local à relancer, continuité, niveaux réels. D’autres rappellent que l’alerte existait avant : « C’est seulement maintenant que vous ouvrez les yeux ?… Vous vous attendiez à quoi ? Mouyouma est un imposteur ».
Et le nom de Patrice Neveu revient comme une nostalgie un peu désespérée : « On va se cotiser et le faire revenir… »
L’Analyse de AFC Sports : Mouyouma n’a plus le droit à l’approximation
La CAN 2025 ne lui laissera pas le temps de convaincre “sur la durée”. Il lui faut un match clair, une lecture claire, des choix assumés — et surtout une cohérence entre ce qu’il annonce et ce qu’il fait. Car au Gabon, la patience est courte, la mémoire est longue, et le sarcasme est déjà prêt. Pour l’instant, le verdict populaire est tombé : le Cameroun a gagné un match, et Mouyouma a perdu… une partie de la salle.
Il reste des matchs, donc tout n’est pas perdu. Mais le Gabon a déjà perdu un luxe : celui du calme. La suite devra être plus claire : une hiérarchie assumée, une animation offensive moins timide, et une gestion des leaders qui ne ressemble pas à un brainstorming en direct. Sinon, la CAN 2025 risque de se transformer en ce que les supporters redoutent le plus : une compétition où l’on parle davantage du banc… que du terrain.
Par @YannickManfoumbi
