Depuis plus de six mois, le football local gabonais vit en apnée. Les clubs s’entraînent, les joueurs patientent, les supporters s’impatientent — et le National Foot 1 & 2 reste une promesse en suspens, dans un pays où le championnat a trop souvent ressemblé, ces dix dernières années, à une série de redémarrages sans lendemain. Mais mercredi matin, à Libreville, une réunion tenue entre le ministère des Sports, la FEGAFOOT et la Ligue nationale de football (LINAF) a peut-être marqué un tournant : selon les informations recueillies par AFC Sports, le nouveau ministre Paul Ulrich Kessany a annoncé sa volonté de relancer rapidement les compétitions, conformément aux instructions du Chef de l’Etat gabonais… et surtout de les relancer autrement.
Nommé dans un contexte de crise, sur fond de secousses autour de la sélection nationale, Kessany avance avec une mission claire : remettre de la méthode là où l’intermittence a usé tout le monde. Dans la salle, il a d’abord pris le temps de poser le diagnostic : calendrier instable, financements incertains, organisation fragile, clubs sous tension. « Je veux les chiffres. Je veux un championnat qui tient debout sur toute une saison, pas un championnat d’annonces », aurait-il insisté, en demandant que le budget et les propositions de réajustement du National Foot lui soient transmis “sur sa table” dans les tout prochains jours.
Une poule unique, pas un championnat “en morceaux”
Dans ce chantier, une orientation a clairement été mise en avant : la poule unique. Le ministre a fortement suggéré de privilégier ce format plutôt qu’un championnat éclaté en plusieurs poules, afin de gagner en lisibilité, en équité sportive et en cohérence d’organisation. Dans un football local où la régularité est devenue le luxe ultime, l’idée est simple : éviter une compétition “en morceaux” et construire une saison lisible, suivie, et surtout finissable.
Selon nos informations, Kessany a également proposé la mise en place d’un comité de travail associant les différentes entités (ministère, FEGAFOOT, LINAF, parties prenantes) pour produire une ligne claire et un projet bien établi : format, calendrier, exigences pour les clubs, mécanismes de financement, conditions de déplacement, critères administratifs. Un travail de fond, à mener vite, pour ne pas retomber dans les mêmes impasses.
Objectif : une reprise au plus tard le 21 février
Sur le plan du calendrier, un cap a été évoqué : la LINAF envisage une reprise du championnat au plus tard le 21 février. Une date qui sert désormais de repère, et même de test. Car le problème du National Foot n’a jamais été seulement de “commencer” : il a été de durer. D’où l’insistance du ministre sur le dossier budgétaire et sur une architecture stable. « Le pays a besoin de son championnat, et nos joueurs ont besoin de compétition », aurait-il martelé, convaincu que la sélection nationale ne peut pas exister durablement sans une base locale vivante.
Le football local, racine du mal… et début de la solution
Depuis des années, le constat est connu : un championnat qui s’interrompt, c’est une progression qui se casse. Les clubs ne planifient plus, les jeunes perdent des repères, les talents s’éparpillent, la formation s’essouffle, et l’équipe nationale finit par payer l’addition — tôt ou tard. L’actualité récente des Panthères a remis ce débat au centre : la performance internationale ne se fabrique pas uniquement dans les discours, elle se construit dans le quotidien d’un championnat régulier.
En ce sens, l’arrivée de Kessany change peut-être la narration : un ministre issu du football, qui parle organisation, formats, budget, méthode — et qui pousse à l’apaisement pour reconstruire. Reste à transformer l’impulsion en mécanisme durable. Si le comité de travail accouche rapidement d’un projet solide et financé, le National Foot pourrait enfin sortir de la logique de l’urgence permanente.
Le football gabonais a longtemps couru après son propre championnat. Cette fois, il se pourrait qu’il commence enfin à courir… dans la bonne direction.
Par @SabrinaKelly
