On savait que Thierry Mouyouma ne rentrerait pas au Gabon en héros. On ne s’attendait pas forcément à ce qu’il y rentre comme un dossier. Depuis la débâcle des Panthères à la CAN et les semaines de soupçons autour de la gestion de la sélection, l’ex-sélectionneur était devenu un symbole : celui d’une sélection pilotée dans le brouillard, entre polémiques, accusations et “pressions extérieures” évoquées par l’intéressé lui‑même. Le nouveau ministre des Sports Paul Ulrich Kessany avait promis l’apaisement et la remise en ordre. La justice, elle, semble avoir choisi un autre verbe : éclairer.
Selon des informations recueillies et recoupées par AFC Sports, lundi dernier, peu après son audience avec le nouveau ministre (aux alentours de 11h30), Thierry Mouyouma a été conduit par des agents à la Direction générale des recherches (DGR) de Libreville. L’ancien international gabonais y aurait été entendu toute l’après-midi et jusqu’en début de soirée, pour ne rentrer à son domicile qu’aux environs de 22h0, autorisé à repartir mais invité à ne pas quitter le territoire gabonais jusqu’à la fin de l’enquête, selon nos sources. Une audition qui, à elle seule, dit l’essentiel : au Gabon, le fiasco sportif, signe d’humiliation de la nation, ne se règle plus uniquement par un communiqué fédéral. Il se règle aussi, désormais, par une convocation.
GabomaGate, conflits d’intérêts et argent public : le dossier qui colle à Mouyouma
Cette audition intervient dans un contexte précis : les accusations de conflits d’intérêts, de concussion et de détournement de fonds, liées notamment aux équipements de la sélection, et surtout au dossier surnommé “GabomaGate”. Au cœur du bruit : Gaboma Sports, société dont Mouyouma est présenté comme président-directeur général. Les soupçons, eux, portent sur l’idée qu’un sélectionneur national — rémunéré par l’État et le contribuable — aurait pu se retrouver au centre d’un dispositif contractuel impliquant sa propre structure, dans un environnement où la commande publique, la fédération, et l’appareil sportif d’État se croisent souvent sans garde-fous visibles.
Dans la séquence médiatique, les révélations et accusations ont aussi été nourries par des publications du journaliste français Romain Molina, évoquant un montage où la société aurait bénéficié d’un contrat rémunéré par des fonds liés à l’État, avec des acteurs cités comme l’Office national de développement du sport (ONDS) et des intermédiaires. Sur le terrain, ces soupçons ont surtout eu un effet immédiat : empoisonner la préparation de l’équipe nationale, transformer chaque choix en polémique, et faire passer l’actualité sportive sous le prisme du judiciaire.
“On veut qu’il soit entendu” : l’opinion publique a obtenu son moment
Au fond, cette audition vient rejoindre une attente massive : une partie de l’opinion voulait “au moins” que Mouyouma soit entendu. Non pas pour le condamner sur la place publique — ce n’est pas une sentence — mais pour que l’État et la justice déterminent enfin ce qui relève du fantasme, de l’approximation… ou du fait. Dans un pays où le football est une affaire de fierté nationale, la CAN a laissé une tristesse collective. Et la tristesse, quand elle dure, se transforme en besoin de vérité.
D’autant que l’audition pourrait aussi servir à éclairer une autre zone grise : les déclarations du technicien lors de sa dernière conférence de presse, après l’élimination, où il affirmait avoir subi des pressions extérieures ayant influencé sa gestion, son effectif et, potentiellement le résultat.
Traduction : si Mouyouma dit vrai, ce n’est plus seulement un débat tactique. C’est une question d’ingérence. Et là, l’enquête devient politique autant que sportive.
Après la DGR, le B2 en ligne de mire ?
Selon nos informations (sources jugées fiables), après cette phase DGR, Mouyouma et d’autres personnes liées au dossier Gaboma pourraient être amenés à être entendus au B2, célèbre brigade particulièrement connue pour les enquêtes criminelles et les dossiers liés aux détournements de fonds publics. Rien d’automatique, rien d’officialisé à ce stade, mais une perspective qui dit une chose : le dossier ne s’arrêtera pas à un simple “on s’est expliqué”.
L’Analyse de AFC Sports
En toile de fond, il y a aussi le message politique : celui du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, qui promettait des sanctions après le fiasco et une reprise en main. Si l’affaire prend cette tournure, c’est que, cette fois, le discours a trouvé un écho concret. Reste une question qui obsède tout le monde : à la fin, on parlera football… ou tribunal ?
AFC Sports suivra l’évolution de ce dossier. Parce que le Gabon attend une chose, désormais : que la lumière soit faite – pour que les Panthères puissent, enfin, rejouer sans bruit de menottes derrière les vestiaires.
Par @YannickManfoumbi
