Il y a des joueurs qui traversent une carrière. Et il y a ceux qui traversent une génération. Yannick Aubyang, c’est un peu ça : un gars qui a longtemps porté le Gabon sur les épaules, sans faire de bruit inutile, mais avec cette autorité naturelle des anciens qui savent où va le ballon avant même qu’il parte. Aujourd’hui, à 40 ans, l’international gabonais annonce la nouvelle que tout le hand gabonais redoutait, avec une sobriété presque clinique : il ne raccroche pas totalement, il met fin uniquement à son aventure avec la sélection nationale du Gabon.
« Je confirme que cette CAN au Rwanda sera ma dernière. J’ai déjà informé la Fédération de ma décision de passer le relais. Cela a d’ailleurs commencé avec le capitanat, désormais confié à Wora Mamadou Dia, notre arrière droit. »
(Entretien exclusif à AFC Sports)
Une phrase simple, mais lourde : ce n’est pas juste un départ, c’est un chapitre qu’on ferme.
De Libreville à Port-Gentil : l’école du hand, la vraie
Né à Libreville, c’est pourtant à Port-Gentil que l’histoire commence vraiment. US Raponda, école de hand, gamins qui courent, terrains qui chauffent, et ce détail qui dit tout : il y a des talents qui naissent dans le confort, et d’autres qui se forgent dans la répétition. Aubyang passe par là, jusqu’en cadets, avant d’être repéré et intégré au pôle cadets sport-études de la Fédération gabonaise de handball (2000–2003). Une promo d’une vingtaine de jeunes, des heures, des consignes, des tests : le laboratoire de la relève.
Puis vient l’élite locale : CMS HB, la D1 gabonaise (2004–2007). Les premiers vrais chocs, les premières responsabilités. Et déjà, un profil : le joueur qui lit, qui organise, qui assume.
Le tour d’Afrique… et au-delà
Ensuite, le Gabon devient trop petit. Direction le Maroc, repéré par le Wydad (WAC) de Casablanca en 2008, puis transfert chez l’Association Sportive de Casablanca, double champion en titre. Cinq saisons à apprendre, à durcir, à gagner.
Et comme dans les carrières sérieuses, il y a un saut : Zamalek (Égypte), champion d’Afrique en titre. Il y restera une saison et demie. Le genre d’étape qui ne te donne pas seulement des matchs : ça te donne une autre dimension.
La suite ? La Tunisie, pays où le hand n’est pas un sport, c’est une culture. Hammamet (deux ans), puis CSSE Sakiet Ezzit (deux ans). Quatre saisons à user les défenses, à apprendre la discipline tactique, à jouer sous pression comme si c’était une respiration normale.

Les Émirats : la parenthèse dorée, version soldat
Puis il suit son coach à Hammamet : cap sur les Émirats arabes unis. Al Jazira (Abu Dhabi), puis Al Wasl (Dubaï) où il s’installe… quatre ans. Loin du bruit, mais pas loin du niveau. Une période où l’expérience devient une arme, et où le corps te rappelle qu’il faut savoir gérer.
La France : continuer, parce que la passion n’a pas de limite
À l’âge où d’autres rangent les chaussures, Yannick Aubyang s’offre encore un nouveau chapitre : la France. ASFalaise (Normandie), puis Chalon, en National. Depuis quatre ans, il est là : discret, utile, pro. Le genre de joueur qui ne fait pas de promesses, mais qui fait ce qu’il doit faire.

Dernière CAN : un passage de témoin, pas un adieu
Ce qui rend l’annonce belle, c’est qu’elle n’a rien de dramatique. Aubyang ne part pas en claquant la porte. Il organise sa sortie. Il a déjà “passé le relais” symboliquement en laissant le brassard à Wora Mamadou Dia, arrière droit, nouveau capitaine. Et dans une sélection qui se bat à Kigali, ce genre de continuité compte : une équipe ne se reconstruit pas avec des slogans, mais avec des transmissions.
Numéro 13 dans le dos, on l’a surnommé le “Karabatic gabonais”. Forcément, c’est grand. Mais l’idée est là : un joueur qui incarne, qui dure, qui a servi de repère aux plus jeunes. Un corps d’élite, une tête froide, et ce style de patron qui ne parle pas trop – il joue juste.
L’Analyse de AFC Sports
Yannick Aubyang se résume à ce qu’il laisse : une trace. Une génération marquée, une sélection qui a eu un capitaine, un vrai. Et ce moment précis, au Rwanda, où il ferme le livre avec les Panthères, sans fermer celui de sa carrière en club.
La dernière CAN d’Aubyang ? Oui. Mais sa place dans le hand gabonais, elle, ne s’arrête pas au coup de sifflet final.
Par @MikelDoussengui
