En lançant, du 21 au 26 janvier 2026, une série de prises de contact avec les fédérations sportives, Paul Ulrich Kessany n’a pas ouvert une simple tournée de courtoisie. Le ministre des Sports veut poser un principe : oui à l’accompagnement de l’État, mais à condition que le sport gabonais change de méthode. Place au diagnostic, aux règles, et à une gouvernance capable de produire… et de rendre compte.
Le message est passé dès les premières réunions, entamées avec le Comité National Olympique Gabonais et plusieurs fédérations (athlétisme, boxe, natation, basketball). L’État veut relancer le sport, conformément à la dynamique impulsée par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, mais il attend désormais des fédérations une transformation tangible : moins d’improvisation, plus de structure.
Des fédérations “en règle” : la conformité comme point de départ
Premier chantier : l’administration. Sans base juridique et organisationnelle solide, toute ambition sportive devient fragile – et tout financement, contestable. Le ministre attend des fédérations qu’elles présentent des fondamentaux irréprochables : statuts actualisés, mandats clairement établis, assemblées générales régulières, procès-verbaux accessibles, organigrammes fonctionnels, comptes documentés.
Autrement dit, des institutions capables de démontrer qu’elles existent pleinement, qu’elles décident correctement, et qu’elles engagent des dépenses selon des procédures.
Planifier pour financer : l’exigence d’une programmation annuelle
Deuxième exigence, souvent la plus révélatrice : la planification. Le ministère ne veut plus courir après les urgences. Chaque fédération est appelée à produire un document simple, mais stratégique : un programme annuel (ou semestriel) déposé à temps, détaillant le calendrier des compétitions, les objectifs sportifs, les activités de formation, les besoins logistiques et un budget prévisionnel crédible.
La logique est presque mécanique : sans plan, l’État subit ; avec un plan, l’État arbitre, anticipe, accompagne. Et surtout, il peut mesurer ce qu’il finance.
Faire vivre les championnats : la base avant les voyages
Dans le sport gabonais, une tentation revient souvent : concentrer l’énergie sur la sélection nationale, les stages et les déplacements, au détriment de la vie domestique. Le ministre veut inverser la hiérarchie.
Une fédération crédible doit faire tourner son sport : championnats seniors, compétitions jeunes, filières féminines, détection, arbitrage, organisation territoriale. C’est dans la régularité des compétitions locales que se construisent la performance, la discipline, et l’émergence d’un vivier durable.
Sans championnat, le talent devient accidentel. Et les résultats, intermittents.

Traçabilité totale : l’argent public ne se justifie pas à l’oral
Quatrième point, central dans le climat actuel : la transparence financière. Le ministre attend un reporting normalisé, avec pièces justificatives, prestataires identifiés, procédures lisibles, et prévention des conflits d’intérêts.
Le principe est clair : les fonds publics exigent des preuves, pas des explications. Dans une période où la gouvernance est scrutée, chaque dépense doit pouvoir être défendue par un document, une décision, et une conformité.
Des conventions rénovées : passer d’une subvention “automatique” à un contrat
Enfin, l’enjeu le plus structurant : la relation entre l’État et les fédérations. Paul Ulrich Kessany veut faire évoluer le modèle vers une contractualisation plus exigeante : un cadre “droits et devoirs”, où l’accompagnement public serait conditionné à des livrables.
Compétitions organisées, actions de formation, nombre de licenciés, développement des jeunes, rapports d’activités, résultats : l’idée est d’installer une logique de performance évaluée, et non plus de financement routinier.
L’Analyse de AFC Sports
Au fond, le ministre propose un marché simple : l’État accompagnera, mais il veut financer des fédérations qui planifient, organisent, structurent et rendent compte. Le sport gabonais ne manque pas seulement de moyens ; il manque souvent de méthode. Et dans la séquence ouverte cette semaine, c’est bien cela que Paul Ulrich Kessany cherche à installer : une culture de gouvernance où la performance ne se décrète plus – elle se construit.
Par @AnthonyOkins
