On croyait avoir tout vu dans le football gabonais : les saisons qui s’évaporent, les promesses qui se recyclent, les crises qui se transmettent comme une tradition. Mais cette fois, la révélation dépasse la satire. La Fédération gabonaise de football (FEGAFOOT), vitrine sportive du pays, ne disposerait ni d’un agrément technique valide, ni, pire, du récépissé définitif du Ministère de l’Intérieur, ce document élémentaire qui atteste qu’une association existe juridiquement. Autrement dit : l’institution la plus puissante du sport gabonais fonctionnerait, administrativement, comme un club de quartier… avec des milliards en poche.
Il y a des phrases qui claquent comme un but contre son camp à la 96e : elles ne laissent aucune échappatoire. Lors d’une réunion avec le nouveau ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany, la Fédération gabonaise de football a reconnu, de manière aussi froide qu’irréelle, “être encore en train de travailler pour légaliser définitivement l’association FEGAFOOT”. On parle bien de la fédération fondée en 1962, affiliée à la FIFA en 1963, et membre des instances continentales. Un monument historique… qui, selon ce constat, n’aurait pas terminé son inscription à l’état civil.
Et ce n’est pas un simple “dossier en retard”. Le plus préoccupant, et le plus choquant, est ailleurs : il a été constaté que la FEGAFOOT ne disposerait pas d’un agrément technique valide vis-à-vis du ministère des Sports. Mais surtout, le pire du pire : absence de récépissé définitif délivré par le Ministère de l’Intérieur, préalable censé acter officiellement l’existence juridique d’une association. Traduction sans fard : la maison-mère du football gabonais, celle qui signe, engage, reçoit, représente et administre, ne serait pas en possession des deux documents les plus basiques qui permettent à une structure associative d’être… une structure.

La scène est surréaliste. Une fédération qui pilote des sélections nationales, participe aux compétitions CAF/FIFA, gère des affiliations, des licences, des calendriers, des budgets, des contrats, des contentieux, des convocations, des délégations… tout en étant, sur le plan administratif interne, dans une zone de non-droit. C’est comme découvrir que l’avion est en plein vol, mais que l’immatriculation n’a jamais été finalisée. On comprend soudain mieux pourquoi le football gabonais donne parfois l’impression d’avancer à la force des rumeurs, de survivre à coups de communiqués, et de gouverner par improvisation.
L’effet domino
Car ce qui choque ici, ce n’est pas seulement l’irrégularité. C’est l’effet domino. Une fédération sans récépissé définitif et sans agrément technique à jour, c’est une institution qui s’expose à toutes les suspicions : gouvernance fragile, décisions contestables, partenariats incertains, difficulté à exiger la rigueur des clubs et des ligues quand la tête n’est pas irréprochable. Et dans un pays où le football traverse depuis plus de 12 ans une crise de structure – championnats erratiques, professionnalisation inachevée, formation en pointillés, base amateur abandonnée, DTN intermittente – la révélation ressemble à une pièce manquante du puzzle : comment construire du solide sur une fondation administrative bancale ?
Le plus cruel, c’est le contraste. Le football gabonais est la discipline la plus soutenue, la plus subventionnée, la plus exposée : voyages, regroupements, primes, logistique, organisation. Des milliards tournent autour de cette machine. L’État, selon les estimations communément évoquées dans le milieu, consacre des montants considérables pouvant atteindre environ 15 milliards de Francs FCFA en moyenne par an (directement ou indirectement) à l’écosystème football. Et pourtant, sur le terrain, les mêmes plaintes reviennent : manque de plan de formation, championnat qui s’essouffle, clubs “pros” sans moyens “pros”, arbitres livrés à eux-mêmes, jeunes talents détectés trop tard ou jamais. Tout se passe comme si l’argent circulait, mais que l’organisation, elle, ne s’installait pas.
A qui la faute ?
La responsabilité politique, désormais, est aussi évidente que lourde : cette situation impose une action immédiate. Non pas pour “humilier” une institution, mais pour la sauver, et sauver ce qu’elle est censée porter. Car une fédération n’est pas un logo, ni un bureau, ni un titre. C’est un cadre légal, un agrément, une conformité, une traçabilité, une capacité à rendre des comptes. C’est aussi la condition minimale pour exiger la discipline des clubs, protéger les joueuses et joueurs, sécuriser les compétitions, attirer des partenaires crédibles.
Alors oui, on peut continuer à faire semblant. Continuer à parler de “refondation” tout en laissant l’institution centrale flotter dans le flou administratif. Continuer à demander des résultats à des sélections quand le système domestic n’offre ni stabilité ni standards. Continuer à arroser un jardin dont on n’a même pas vérifié si le terrain appartient légalement à quelqu’un.
L’Analyse de AFC Sports
Mais la vraie question, celle qui fait mal et qui doit tomber en fin d’article comme un coup de sifflet final, est simple : si la FEGAFOOT n’a ni agrément technique valide, ni récépissé définitif du Ministère de l’Intérieur, c’est-à-dire les deux préalables fondamentaux, alors sur quoi repose, exactement, l’autorité qui organise et réclame l’avenir du football gabonais ?
Par @AnthonyOkins
