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605 CV pour le banc des Panthères : pourquoi le Gabon attire-t-il autant d'entraîneurs étrangers ? Nouvel Eldorado africain ?

La redaction
6 Minutes de lecture

Ils sont 605. Six-cent-cinq candidatures pour entraîner les Panthères. Pas pour coacher le Real Madrid en crise, ni pour sauver un géant historique : pour s’asseoir sur le banc du Gabon, après une dernière CAN plutôt décevante. C’est la FEGAFOOT qui le dit dans un communiqué daté du 03 février 2026 : “605 candidats, pour la plupart des Européens”, ont manifesté leur souhait d’entraîner l’équipe nationale. D’un côté, la fédération s’en félicite et parle “d’attractivité” et “d’intérêt” international. De l’autre, on se frotte les yeux : depuis quand le poste de sélectionneur du Gabon déclenche une ruée façon soldes d’hiver à Madrid ?

Le communiqué annonce un scénario classique : examen des dossiers du 4 au 10 février 2026 par le Comex et “quelques experts” (DTN, association des éducateurs et entraîneurs, association des clubs de D1…), pour sortir une short-list de 3 avant “l’ultime étape” : le choix et l’officialisation. Officiellement, c’est une procédure. Officieusement, au Gabon comme ailleurs, ce genre de casting ne se joue jamais uniquement sur le tableau noir. Parce que le sélectionneur des Panthères n’est pas seulement un choix technique de fédération : c’est aussi, dans les faits, un poste à fort enjeu étatique, financé et suivi par l’État. Le ministère des Sports, en tant que principal pourvoyeur (salaires, logistique, primes, déplacements), a un droit de regard et, souvent, un rôle de validation politique, budgétaire, voire symbolique.

Pourquoi 605 ? Le “projet Panthères”… ou le projet “fiche de paie” ?

La FEGAFOOT veut y voir un label : “les Panthères attirent”. C’est vrai… mais pas seulement parce que le Gabon ferait rêver par son plan de jeu. Il faut poser la question qui fâche : et si l’attractivité était d’abord financière ? Ces dernières années, le banc gabonais a la réputation d’être très bien payé.

Trois exemples qui parlent à tout agent sérieux : Antonio Camacho, Jorge Costa, annoncés autour de 65 millions FCFA par mois à leur époque (soit environ 100 000 € mensuels) et dernièrement Patrice Neveu qui percevait l’équivalent de 20 millions de FCFA par mois. À ce tarif-là, tu ne recrutes pas seulement des techniciens : tu attires aussi tous ceux qui veulent “un dernier gros contrat”, une mission courte, une vitrine africaine, et un compte bancaire qui respire.

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Certes, il est aussi rappelé qu’un plafond aurait été évoqué autour de 20 millions FCFA maximum. Mais même à 20 millions, l’offre reste très haut placée sur le marché africain, surtout pour des entraîneurs européens qui, hors top 5, sont parfois en rotation permanente entre chômage, piges, académies et clubs de seconde zone.

Oui, le Gabon a aussi des arguments sportifs (et des noms)

Réduire cette ruée au salaire serait trop simple. Le Gabon, malgré ses irrégularités, reste une sélection avec des joueurs “cartes de visite” : Aubameyang, Bouanga, Mario Lemina… Ce sont des noms qui font tilt dans un CV d’entraîneur : ils donnent l’illusion d’un raccourci vers la performance. Et dans le football moderne, la performance est une monnaie : qualification CAN/Mondial = bonus, notoriété, rebond de carrière.

Un sélectionneur qui remet les Panthères sur les rails peut vendre l’histoire : “j’ai reconstruit, j’ai qualifié, j’ai modernisé”. Même si, sur place, le quotidien ressemble parfois davantage à une gestion de logistique qu’à un laboratoire tactique.

Les Européens et le Gabon : une vieille histoire, avec ses retours de flamme

Ce n’est pas la première fois que le Gabon confie les clés à des techniciens venus d’ailleurs. Des Européens, il y en a eu, et le dernier “grand nom” médiatique reste justement Antonio Camacho, ancien coach du Real Madrid et de l’Espagne. Ce casting massif de 2026 s’inscrit donc dans une tradition : quand ça tangue, on cherche souvent un profil “expérience internationale”, “méthode”, “discipline”. Le problème, c’est que l’histoire montre aussi l’autre face : sans structure fédérale solide, sans championnat stable, sans politique de formation cohérente, le sélectionneur devient un pompier de luxe. Bien payé, très exposé, et rarement servi.

Conclusion : 605 candidatures, mais une seule vraie question

605 CV, c’est spectaculaire. Mais le vrai sujet, ce n’est pas le nombre. C’est le pourquoi. Si l’attractivité est d’abord celle du chèque, alors le Gabon n’achète pas un projet : il loue une image. Si l’attractivité est celle d’un vrai plan sportif, alors il faut que ce plan existe, et qu’il survive au prochain match nul.

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L’Analyse de AFC Sports

La FEGAFOOT dit attendre “un projet ambitieux et cohérent”. Parfait. Reste à savoir si le futur sélectionneur viendra pour bâtir… ou pour encaisser. Et surtout : qui, au final, choisit vraiment ? Le Comex sur dossier, ou l’État au moment de signer la réalité du contrat.

Par @YannickManfoumbi

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