Il y a des pays qui vont aux éliminatoires des compétitions de jeunes pour se qualifier. Et puis il y a le Gabon, qui y va souvent pour se rappeler en direct que la formation est un mot qu’on prononce beaucoup plus qu’on ne le pratique. À Kinshasa, au tournoi UNIFFAC qualificatif pour la CAN U17, les jeunes Panthères ont enchaîné une deuxième défaite (3-1 contre la RDC), quelques jours après la gifle inaugurale contre le Cameroun (5-1). Deux matchs, deux défaites, 8 buts encaissés. À ce stade, ce n’est plus une alerte. C’est un bulletin de notes.
Le plus cruel, c’est que le Gabon a existé. Contre la RDC, il y a une entame plus sérieuse, une occasion franche d’Élysée Pendi dès le premier quart d’heure, et même un retour des vestiaires où l’ailier Basile Marvine égalise, rallumant l’espoir. Pendant quelques minutes, on a cru voir une sélection qui se réveille, une équipe qui se dit : “OK, on va arrêter de subir.” Et puis, comme souvent, la réalité a repris la télécommande : frappe lointaine de Séraohin Ntantu (53e), doublé de Delpierrot Litofe (67e), et rideau.
Le sélectionneur Jean-Joseph Ngoma a résumé avec une phrase qui sonne juste mais qui finit par fatiguer : « On a eu une multitude d’actions sans parvenir à concrétiser. C’est la loi du football. » Oui. Sauf qu’au bout d’un moment, ce n’est plus “la loi du football”. C’est la loi du manque de structure.
8 buts encaissés : le chiffre qui raconte tout
Dans ces compétitions, on peut perdre. Mais la manière, elle, ne ment pas. Encaisser huit buts en deux rencontres, c’est rarement un accident isolé. C’est souvent le symptôme de trois choses : une fragilité défensive (placement, gestion des espaces, duels) ; une naïveté collective (quand le match bascule, tout se disloque) et un déficit de compétition (rythme, intensité, automatismes).
Et ce déficit-là ne se règle pas en une causerie d’après-match. Il se règle en amont : championnats jeunes réguliers, détection large, encadrement qualifié, calendrier clair, matchs amicaux de référence. Bref : une Direction Technique Nationale (DTN) qui fait son travail de DTN, pas une DTN qui vit comme si l’année commençait toujours demain.

La FEGAFOOT et la DTN : l’art de découvrir le feu à chaque éliminatoire
Ce nouvel échec U17 n’est pas seulement une contre-performance sportive. “ Une sélection U17 n’est pas un groupe qu’on assemble. C’est la vitrine d’un système”, précise le Dr Freddhy Koula Moussavou. Aujourd’hui, la vitrine montre quoi ? Une équipe courageuse, oui, mais sans cuirasse, sans repères stables, et surtout sans le soutien d’un pipeline de formation cohérent.
On peut toujours se cacher derrière la phrase “ce sont des enfants”. C’est vrai. Mais justement : si ce sont des enfants, ils méritent mieux qu’un dispositif adulte mal organisé.
L’Analyse de AFC Sports
La solution ? Une reprise en main technique, et des objectifs non négociables. Le football gabonais ne manque pas de talents. Il manque d’un système qui les protège, les prépare, et les expose au bon moment. Tant qu’on prendra les éliminatoires comme une formalité et la formation comme un slogan, les U17 continueront à se faire corriger, pas parce qu’ils ne valent rien, mais parce qu’on les envoie au combat avec une armure en carton.
Deux matchs, deux défaites, huit buts encaissés : la statistique est brutale, mais elle a un mérite. Elle oblige enfin à arrêter de raconter l’avenir et à le construire. Maintenant.
Par @AlvinObiang et @AnthonyOkins

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