On nous avait promis un casting XXL, une short-list de luxe, des CV qui sentent la Coupe du monde et le banc qui tremble quand tu poses le stylo. On a eu 605 candidatures, des rumeurs en rafale (dont certaines tellement ambitieuses qu’elles avaient l’air d’avoir été écrites par des agents en manque de sommeil), et même un épisode “Hervé Renard au Gabon” qui s’est terminé comme un mauvais poisson d’avril : Renard a dit non… parce qu’il n’avait jamais dit oui. Et au bout de cette montagne de dossiers ? Trois finalistes annoncés par L’Union (26 février 2026) : Luis Boa Morte, Antony Da Silva, Landry Chauvin. Voilà. Fin du grand cirque. Place à la finale.
Tout ça pour ça ?
On peut saluer l’idée de “professionnaliser” la procédure. Une commission mixte, un tri, une décision annoncée, une date de verdict (28 février). Sur le papier, c’est plus propre qu’un recrutement à l’instinct, au téléphone, ou au cousin qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un. Le problème, c’est que dans le football gabonais, les procédures sont souvent belles avant la réalité. Et la réalité, c’est aussi la perception : quand tu communiques 605 candidatures, tu crées l’attente d’un nom qui claque. Résultat : quand tu finis avec un trio sérieux mais sans superstar, ça donne une impression de “grand buffet… pour un sandwich”.
Surtout, le message final est limpide : le Gabon aura un européen, et probablement un nouveau Français à la tête des Panthères. Un choix qui n’est pas illogique dans l’histoire récente de la sélection, mais qui dit aussi quelque chose : à chaque crise, on revient à la même idée , “un coach venu d’ailleurs va remettre de l’ordre” comme si l’ordre était un produit importable par avion.
Les trois profils : du solide, du connu… et du risqué

Landry Chauvin (France), c’est le profil “bâtisseur”. Formation, discipline tactique, parcours dans des clubs comme Nantes et Brest, et surtout un vrai vécu avec les sélections de jeunes (U18, U20). Le bon côté : il peut apporter une méthode, une structure, une rigueur dans le travail. Le mauvais côté : le Gabon n’a pas seulement besoin d’un projet long terme, il a aussi besoin d’un coach qui gagne vite, parce que le calendrier africain ne laisse pas le temps de faire des PowerPoint pendant deux ans.

Luis Boa Morte (Portugal), c’est l’aura et le vécu international. Ancien de la Seleção portugaise, passé par le haut niveau, et surtout une expérience récente sur le continent avec la Guinée-Bissau. Le bon côté : il connaît le terrain CAF, les déplacements, les matchs pièges, la réalité des éliminatoires. Le mauvais côté : l’Afrique a déjà vu défiler des coachs à “aura” qui se sont heurtés à la même muraille : logistique, primes, gouvernance, environnement instable. L’aura ne remplace pas l’alignement institutionnel.

Antony Da Silva (France), c’est l’expérience du staff et du très haut niveau africain via un passage comme adjoint au Cameroun. Le bon côté : il sait ce que c’est qu’un vestiaire “chaud”, la pression, les matchs décisifs, les exigences de performance. Le mauvais côté : l’écart entre être adjoint et être numéro 1 est immense, surtout dans un contexte gabonais où le sélectionneur devient rapidement le paratonnerre de tout ce qui ne marche pas.
Le vrai sujet : le sélectionneur n’est pas un magicien
On peut donc avoir un bon coach… et reproduire les mêmes erreurs. Parce qu’au Gabon, la question n’est pas seulement “qui entraîne ?” mais aussi : avec quel cadre ? quel projet fédéral ? quelle stabilité ? quelle planification ? On a déjà eu des profils expérimentés (Giresse, Camacho, Neveu, etc.) et le miracle n’a pas eu lieu. Pourquoi ? Parce que le banc ne suffit pas à corriger un environnement.
Et puis il y a un détail que la short-list confirme : on est loin des noms qui ont circulé dans l’imaginaire collectif, façon Hervé Renard, Éric Chelle ou Aliou Cissé (qui a retiré sa candidature), ces profils “commandants de bord” que les supporters associent spontanément à la CAN, aux coups tactiques, à la culture de la gagne. Ici, on est plutôt sur un trio “raisonnable”, cohérent, pas ridicule. Mais pas forcément celui qui fait rêver un pays qui sort d’une élimination et attend un électrochoc.
L’Analyse de AFC Sport
Le plus drôle, c’est qu’avec 605 candidatures, on a réussi à transformer une recherche de sélectionneur en saga nationale… pour finir avec une conclusion très simple : l’Europe sur le banc, encore. Alors oui, l’un des trois peut réussir. Mais à condition que, cette fois, le Gabon n’attende pas du coach qu’il soit à la fois entraîneur, directeur sportif, psychologue, gestionnaire de crise et réparateur de fédération. Parce que sinon, on connaît déjà la suite : un autre appel à candidatures, une autre montagne de CV… et une autre short-list “propre”, juste avant la prochaine tempête.
Par @YannickManfoumbi
