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Football – Congo – Perpète, mandat d’arrêt et onde de choc : le football africain vient peut-être de changer d’époque

La redaction
8 Minutes de lecture

La condamnation à la réclusion à perpétuité du président de la Fédération congolaise de football, Jean Guy Blaise Lionel Mayolas, pour détournement de fonds et blanchiment, a la brutalité des décisions qui dépassent leur seul cadre judiciaire. À Brazzaville, la justice a frappé fort. Et derrière le cas congolais, une question commence déjà à circuler dans les couloirs des fédérations du continent : et si cette affaire devenait un précédent africain ? Au Gabon, où le football a déjà beaucoup trop flirté avec les scandales, la secousse pourrait être observée de très près.

Il y a des infos qui tombent dans le fil d’actualité, puis disparaissent dans le vacarme ambiant. Et puis il y a celles qui s’installent, qui cognent un peu plus fort, qui obligent à relever la tête. La condamnation de Jean Guy Blaise Lionel Mayolas appartient clairement à la deuxième catégorie. Lundi 9 mars, la cour criminelle de Brazzaville a condamné le président de la FECOFOOT à la réclusion à perpétuité pour détournement de fonds, blanchiment de capitaux, faux et usage de faux, prise illégale d’intérêts et complicité. Une peine lourde, presque sidérante à l’échelle du football africain, accompagnée d’une amende de 100 millions de francs CFA. Plus qu’un verdict, c’est un signal. Et peut-être même un début de jurisprudence politique et morale pour un continent où les fédérations ont longtemps eu le sentiment d’évoluer dans une zone grise protégée.

Le plus frappant, ce n’est même pas seulement la sévérité de la sanction. C’est ce qu’elle raconte du moment. Mayolas a été condamné par contumace, puisqu’il ne s’est pas présenté à l’audience. Un mandat d’arrêt a été émis contre lui, et il est désormais recherché. Rien que cette image-là suffit à mesurer le caractère inédit de l’affaire : un président de fédération, personnage central du football d’un pays, désormais rattrapé par une justice pénale qui ne se contente plus de murmurer à la porte des instances. Elle entre, elle saisit, elle juge, elle condamne. Et elle le fait sur des faits qui touchent à un tabou majeur : l’argent du football, son usage, sa circulation, ses détournements supposés.

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Selon les éléments de l’enquête, plus d’un million de dollars alloués par la FIFA pendant la pandémie de Covid-19 auraient été détournés par de hauts responsables de la fédération congolaise. Dit autrement : de l’argent envoyé pour soutenir le football dans une période mondiale de fragilité aurait été transformé en matière pénale. Le secrétaire général de la FECOFOOT, Bandji Mombo Wantété, et le comptable Raoul Kanda ont eux aussi été condamnés à cinq ans de prison ferme. La scène est brutale, mais elle dit quelque chose d’essentiel : l’impunité structurelle des dirigeants du football africain n’est peut-être plus aussi solide qu’avant.

Et c’est précisément là que cette affaire dépasse le Congo. Parce qu’en Afrique centrale, et plus largement sur le continent, les fédérations ont souvent ressemblé à des forteresses administratives, opaques, peu contrôlées, traversées de conflits, de soupçons, de rapports de force et parfois de révélations qui, ailleurs, auraient déjà déclenché des séismes judiciaires. Le football africain a longtemps vécu avec cette contradiction : passion populaire immense, argent de plus en plus conséquent, gouvernance parfois d’un autre temps. On y parle de développement, de professionnalisation, de rayonnement continental, mais dans les coulisses, les mécanismes de contrôle restent trop souvent faibles, tardifs ou neutralisés.

Le cas congolais pourrait donc faire date non seulement parce qu’il punit, mais parce qu’il expose une possibilité. Celle de voir un État considérer enfin qu’une fédération n’est pas une principauté autonome, mais une structure où des fonds circulent, où des responsabilités s’exercent, et où les fautes peuvent relever du pénal. C’est peut-être cela, la vraie nouveauté de cette affaire : elle ouvre un imaginaire judiciaire nouveau pour le football africain. Elle dit aux dirigeants qu’ils ne sont plus seulement exposés à des suspensions, à des motions, à des communiqués indignés ou à des audits enterrés. Elle leur dit qu’ils peuvent aussi répondre devant un tribunal, au sens le plus dur du terme.

Forcément, au Gabon, cette affaire résonne. Et pas qu’un peu. Le football gabonais sort de plusieurs années de turbulences, de révélations, de conflits internes et de séquences embarrassantes, parfois accablantes. Le pays a vu des dirigeants contestés, des affaires exposées publiquement, des crises de gouvernance s’enchaîner, des dénonciations se multiplier. Il a même connu l’emprisonnement, pendant plusieurs mois, d’un président de fédération dans une affaire liée indirectement à des faits d’abus sexuels. Le contexte n’est pas exactement le même que celui du Congo-Brazzaville, bien sûr. Mais le climat, lui, dit assez l’ampleur des fragilités. Au Gabon, le football a trop souvent donné le sentiment d’être un territoire où les crises éclatent sans que les mécanismes de nettoyage institutionnel aillent réellement jusqu’au bout.

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Alors la question se pose, et elle mérite d’être posée franchement : ce qui vient de se passer à Brazzaville peut-il servir d’exemple, voire de jurisprudence, ailleurs ? Peut-on imaginer que d’autres pays africains s’appuient sur ce type de précédent pour durcir le traitement judiciaire des dérives dans le football ? Peut-on penser qu’à terme, les enquêtes sur la gestion des fonds fédéraux, des aides FIFA, des contrats, des missions ou des dépenses exceptionnelles cessent d’être des dossiers purement politiques ou administratifs pour devenir de véritables affaires judiciaires ? Si la réponse est oui, alors beaucoup de dirigeants ont raison de se sentir un peu moins à l’aise dans leur fauteuil.

L’Analyse de AFC Sports

Car derrière cette condamnation, il y a une idée simple, presque révolutionnaire pour certains environnements : l’argent du football n’est pas un argent à part. Il n’est ni sacré, ni flou, ni sans traces. C’est de l’argent public par destination, de l’argent institutionnel, de l’argent qui engage une responsabilité. Et lorsqu’il est mal utilisé, la sanction peut sortir du registre sportif pour entrer dans celui du droit commun. Cela semble élémentaire, presque banal. Mais dans beaucoup de pays, ce serait déjà un immense progrès.

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