Vingt ans après sa première convocation, Bruno Écuele Manga va remettre les pieds dans l’intendance des Panthères avec un autre costume que celui du guerrier en crampons. Cette fois, pas de duel aérien, pas de brassard, pas de tacle d’autorité : l’ancien capitaine du Gabon a été nommé manager général de la sélection nationale pour les prochaines FIFA Series de Tachkent, où les Panthères affronteront l’Ouzbékistan le 27 mars puis Trinité-et-Tobago le 30. Une décision prise par la Fédération gabonaise de football, sur recommandation du ministère des Sports, et qui ressemble à bien plus qu’un simple habillage administratif.
Parce qu’avec Bruno Écuele Manga, on ne parle pas d’un ancien international de passage venu faire joli sur une photo officielle. On parle de 117 sélections, 9 buts, des années de fidélité, des campagnes entières à porter la baraque derrière, du genre de cadre qu’on ne remplace jamais vraiment. Dans le football gabonais, son surnom de “Paul Biya” de la sélection disait tout à sa manière : la longévité, la centralité, la permanence. Bruno a traversé les générations, les sélectionneurs, les crises, les qualifications manquées, les grands soirs et les trous d’air. Il a vu défiler presque tout le monde, jusqu’à devenir lui-même une institution ambulante.
Sa nomination a donc une saveur particulière. D’abord parce qu’elle permet, de façon indirecte, de lui rendre une place et peut-être aussi de lui laver un peu l’honneur après les épisodes troubles ayant suivi la dernière CAN au Maroc, où plusieurs anciennes figures avaient eu le sentiment d’être reléguées ou mal considérées. Ensuite parce qu’elle répond à une évidence que le football gabonais a trop longtemps regardée de loin : ses anciens grands joueurs peuvent servir autrement qu’en souvenirs ou en photos d’archives.
Dans un environnement de sélection parfois instable, parfois flou, parfois trop léger dans sa structuration, la présence d’un profil comme Écuele Manga peut avoir du sens immédiatement. Il connaît la maison, ses codes, ses pièges, ses susceptibilités. Il connaît aussi ce que représente un rassemblement international, la gestion d’un groupe, le poids du maillot, la réalité des voyages et des fenêtres FIFA. Bref, il connaît la sélection non pas comme un concept, mais comme un lieu de tension, de fierté et d’exigence. Et dans un moment où les Panthères continuent de chercher de la cohérence autour du terrain autant que dessus, ce n’est pas exactement un détail.
La vraie question, maintenant, c’est de savoir si cette nomination n’est qu’un dépannage intelligent pour Tachkent ou le début de quelque chose de plus structuré. Car au fond, le sujet dépasse largement Bruno Écuele Manga. Il touche à la place que le Gabon veut, ou non, donner à ses anciens internationaux dans l’encadrement de sa sélection. Beaucoup de pays ont compris depuis longtemps que les ex-capitaines, les anciens cadres, les figures respectées pouvaient devenir des passerelles précieuses entre les générations, les staffs et l’institution. Pas seulement pour raconter le passé, mais pour aider à construire un présent plus solide.

Et pour ce rassemblement en Ouzbékistan, Bruno ne sera pas seul à intégrer une délégation au profil bien défini. Le staff appelé à accompagner les Panthères pour ces FIFA Series est composé de Anicet Yala Ngoukou comme coach principal, Brice Ondo comme coach adjoint, Yvon Koumba comme entraîneur des gardiens, Carl Nganga comme préparateur physique, Dr François Diouf au poste de médecin, Augustin Narcisse Issapa comme kinésithérapeute, Bruno Écuele Manga comme manager général, Charles Ngolene comme chargé du matériel, Aristide Moussavou comme photographe, et Alvine Nzatsi Kassa comme agent de sécurité.
Cette composition dit quelque chose d’un moment de transition. D’un côté, un encadrement technique largement enraciné dans les ressources locales. De l’autre, le retour d’un ancien capitaine dans un rôle de coordination et d’accompagnement.
L’Analyse de AFC Sports
Si le Gabon veut vraiment professionnaliser l’environnement des Panthères, il devra tôt ou tard ouvrir cette réflexion sérieusement. Et dans ce paysage, Bruno Écuele Manga ressemble à un test grandeur nature. Un ancien capitaine, une immense expérience, un respect encore intact dans le vestiaire symbolique du pays, et ce retour par une fonction de manager général qui dit peut-être plus qu’elle n’en a l’air. À Tachkent, Bruno ne jouera pas. Mais il pourrait bien recommencer à compter. Et ce ne serait déjà pas mal.
Par @SabrinaQueenie
